Catégorie: Au Boulot!

Voilà, c'est parti pour une 10ième préparation de rentrée! 15 jours. 15 petits jours pour réfléchir, planifier, organiser une année, c'est totalement illusoire mais à chaque fois on espère! Je suis donc parti pour des paufinage d'emploi du temps - qui s'averera bien sûr intenable tel quel, pour des découpages et planifications de compétences - tout aussi intenables évidemment, des élaborations de projets divers - absolument et imparablement chronophages dans une année scolaire, des plastifications d'étiquettes, des affichages, des nouveaux jeux dont il faut comprendre la règle, des nouveaux albums et ceux qui sont incontournables, des nouveaux prénoms, des nouvelles bouilles...

Je suis très enthousiaste pour cette rentrée, et je m'étonne moi-même. Car en fait l'année dernière a été exceptionnellementgéniale. Attention, je n'ai pas basculer dans le monde des bisounours hein! Ce fut une année avec nombres de difficultés à surmonter, certains élèves m'ont demandé beaucoup de patience, beaucoup de remise en question, beaucoup de réfléxion aussi, pour les accompagner au mieux; certaines familles ont été particulièrement difficiles et j'ai du enfiler ma casquette de psy-assistante sociale plus d'une fois; une de mes collègues a été un poid mort à se traîner toute l'année, j'ai piqué de belles crises de nerf et pleurer un bon nombre de fois. Malgrès tout cela, j'ai eu le bonheur d'avoir une classe enthousiaste, des petits loulous motivés et à fond dans nos divers projets, j'ai eu le bonheur de voir les progrès, les situations qui se dénouent, des confiances qui se tissent, qui redonnent envie après tant d'efforts. J'ai aussi eu le bonheur de travailler avec une collègue, que je connaissais depuis 3 ans mais qui s'est un peu plus révélée vu qu'on s'est un peu retrouvé toutes les deux à tout mener de front - rapport au poid mort qui en a fait un minimum. Mais ce poid mort aussi a eu son rôle dans mon changement d'attitude face à mon travail. Parce qu'en voyant cette collègue fatiguée, traînant avec elle ses trente ans de carrière comme un trophée brûlé auquel personne ne prête plus d'importance, brisée par sa propre vie, figée quelque part où personne ne peut plus l'atteindre, j'ai trouvé ça triste. Je ne veux pas être ce genre d'instit. Je fais un métier dur, mais c'est un peu comme si j'avais passé le mur du feu. Derrière, tout va bien. Une fois qu'on a compris qu'on ne peut pas tout, qu'il faut se protéger aussi pour continuer à aider ses élèves, qu'il faut hurler beaucoup pour avoir juste un petite peu d'aide et si elle ne vient pas on n'est pas coupable. Faire ce qu'on peut, aussi bien qu'on peut. Une fois qu'on a compris ça, tout va mieux. Je dis pas que ça ne reste pas très fatiguant et tout à fait déprimant, je dis juste qu'on arrive à vivre avec.

Bref, revenons-en à nos moutons. J'ai donc passé une année magnifique, et je sais déjà que l'année qui arrive sera différente. Moins belle, forcément. Ralala vous allez me dire, elle reprend ses vieilles habitudes pessismites! Pas tout à fait non, juste réaliste. Car la configuration idéale n'est plus: ma collègue avec qui je formais un vrai tandem a changé d'école, et j'aurais deux nouvelles collègues, deux petites débutantes pour cette nouvelle rentrée. C'est déjà un gros moins dans la paysage, car cette collègue était un vrai soleil, d'un positivisme et d'une énergie à toute épreuve, et avec le temps on se comprenait à demi-mot, elle va beaucoup me manquer. Le deuxième gros moins c'est que je perds aussi mon atsem qui vient de m'accompagner pendant 3 ans. C'était une perle. Avec moi, avec les enfants, et pas seulement dans le boulot, c'était juste une personne adorable avec qui j'avais beaucoup d'affinités. Un crève-coeur de la voir partir. Mais voilà, elle n'était que remplaçante, et l'atsem attritrée reprend son poste à la rentrée. Atsem attitrée avec qui je n'ai aucun atome crochu, je ne m'entends pas avec elle, tout simplement. Donc bye bye climat détendu et sympa au sein de ma classe et j'ai vraiment de grosses interrogation sur la faon dont va se passer notre collaboration... Le troisième gros moins, c'est que je vais de nouveau être directrice. Et oui, qui dit "petites collègues débutantes" dit "direction pour la vieille". Ce n'est pas à contre-coeur, j'étais volontaire mais si quelqu'un de capable avait pu l'assumer à ma place, j'aurai pas dit non. Je vais donc devoir me taper les réunions et les stages de direction... moi qui suis devenu totalement phobique des groupes restreints, c'est génial...

Tout ça pour dire que je devrais être morte de peur à l'idée d'affronter tout ça. Mais pas du tout. Je ne mentirai pas, ça me trotte dans la tête, la preuve je viens en parler ici. Mais je ne suis pas en panique, je suis même assez enthousiaste de voir ce que tout ça va donner, et donc je m'étonne moi-même.

Bon, il y a de fortes chances pour que dans quelques semaines, je vienne écrire ici même que j'ai juste envie de me flinguer tellement ça me soûle... parce qu'on ne change jamais vraiment paraît-il.

N'empêche que ça sera ma dixième rentrée, et que c'est la première fois que je suis aussi enthousiaste que pour ma toute première rentrée.
Le trac en moins.

Et c'est très agréable!