In my Pocket

17.10.20

Chasseur

Catégorie: Poésie

J'arrache les mâchoires des diables.
Chaque jour que dieu fait, j'arrache les mâchoires des diables. A mains nues. Ceux qui s'en viennent jusqu'à moi. Je les saisis et je les éventre. Et j'arrache leurs mâchoires pour être sûr qu'ils ne parleront plus.
J'arrache les mâchoires des diables.
Chaque jour que dieu fait, pour avoir du courage. Pour me souvenir que je peux. Je vais à leur rencontre, encore, et de chaque main je tiens, et de chaque main je sépare et j'arrache.
J'arrache les mâchoires des diables.
Chaque jour que dieu fait, de l'aube jusqu'au soir, et la nuit encore dans mes rêves. J'arrache les mâchoires des diables et je les sens craquer et venir, se défaire. Je les entends casser et crisser tandis qu'elles lâchent.
J'arrache les mâchoires des diables.
Chaque jour que dieu fait, moi je le fais. J'arrache les mâchoires des diables, encore et encore, sans fin. Méthodiquement. Machinalement. Ils s'avancent et je les saisis. Avant qu'ils ne me saisissent. Je les ouvre en deux.
J'arrache les mâchoires des diables.
Chaque jour que dieu fait, j'arrache les mâchoires des diables. A mains nues. Sans jamais me plaindre. On ne m'a jamais dit qu'on ça pouvait être autrement. Sans doute que ça n'est jamais autrement.
J'arrache les mâchoires des diables.
Chaque jour que dieu fait.
Sinon qui le ferait?

9b1f3ae72acd6809c968066f289ed612
                                                                       Buddhist monk child by unknown

 

Posté par Josephine Eddie à 22:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


08.08.20

En vrac

Catégorie: Etats d'âme

Rien publié depuis un moment parce que la fin de l'année a été cahotique. Comme tout le monde, j'ai pris l'arrivée du covid en pleine figure. Sauf que j'étais déjà à bout après une année très dure passée à accompagner la fin de vie de mon papa, à la regarder agoniser dans les derniers jours, pûis à lui dire adieu... pas le temps de souffler, on était encore dans les histoire de cimetière et de succession que le confinement nous est tombé dessus, que j'ai du gérer l'école à distance alors qu'en plus je venais juste d'être bombardée directrice car ma collègue directrice était en arrêt...

Quand j'ai appris que j'allais devoir gérer cette direction, ecore, je savais que j'allais morfler. Je ne suis pas faite pour ça. Je savais qu'en plus j'étais physiquement et pshychiquement et que cette année scolaire serait difficile à terminée correctement. je ne savais pas encore que le covid allait rendre tout encore plus difficile.

J'en ai pris plein la gueule. La direction d'une école, c'est vraiment un poste de merde. Vous êtes le fusible, le tampon, le corvéable à merci, celui qui a toujours tord, qui devrait savoir, qui devrait pouvoir, qui en réalité ne peut pas grand chose car investit d'aucun pouvoir... En temps normal c'est la merde, avec lme covid c'est devenu l'enfer. On a eu des consignes hallucinantes, jamais dans les temps, contradictoires d'un jour sur l'autre, parfois même d'une matiné à l'après-midi même, c'était un foutoir sans non, et j'ai du gérer ça, et surtout les parents mécontents, en grande partie grâce aux chaines d'infos qui racontent n'importe quoi,  ça reste un très mauvais souvenirs de se voir insulter et traîter d'incompétent alors qu'on a passé des heures à tenter d'organiser planning, acceuil, cantine et le reste en appliquant des mesures ubuesques... L'école à envahit toute ma maison, j'avais les parents au bout du fil ou par email pour un rien, j'arrivais pas à m'empêcher de vérifier mes messages car je savais qu'on comptait sur moi, la mairie, les parents, le personnel municipal, les collègues... J'ai repris les 15 derniers jours malgré mon statut de personne vulmnérable car je n'en pouvais plus de voir ma vie totalement envahie ainsi, je voulais retouver quelque chose de plus sain. Donc reprise pour 8 jours de classe délirants passés plus dehors que dedans, avec un tout petit groupe d'élèves qui n'avaient plus du tout envie de travailler, moi non plus d'ailleurs, on a tué le temps plus qu'autre chose, entre 2 désinfections de bureau et lavages de mains. Bref, je suis sortie de là totalement à bout de force, à bout de tout. Pour tout dire, c'est la première fois de ma vie que je m'écroule littéralement en pleurs de soulagement au volant de ma voiture. Le soir des vacances, en partant de l'école, j'avais pas fait un kilomètre que c'est venu d'un coup. Avec une seule phrase en tête: c'est fini, je l'ai fait, et c'est fini.

Fini certes mais je n'en suis pas remise, loin de là. Epuisée est un faible mot. Et angoissée voire terrifiée par la nouvelle année qui se profile et qui s'annonce encore très compliquée.  cause du covid, encore, vien sûr. Mais aussi parce que je change de niveau, contre mon grès, pour un niveau que je connais pas et donc je dois tout faire, repartir de zéro. J'étais pas d'accord, ça va me demander beaucoup d'efforts, de temps et de travail - tout ça pour arranger les collègues, je l'ai mauvaise mais j'étais en minorité, tant pis pour ma pomme - reste que je me demande vraiment si je vais être en état de fournir tout ça, ou si je avis exploser en vol. Surtout si on rajoute par dessus que je me retrouvr avec des élèves compliqués à gérer, avec besoin de pédagogie adapté et de beaucoup de suivi..; encore plus de tmpe sd'énergie e de travail donc.

Je panique quand j'y pense. Et comme je suis épuisée, je n'arrive pas à positiver, à me dire que ça va aller, que j'en suis capable. Alors j'ai trouvé la technique ces derniers jours et ça va mieux: j'évite d'y penser.

Reste que les vacances s'égrènent petit à petit et que cette rentrée va forcément arriver, il va falloir la préparer et y plonger. Seul point positif: je ne serai pas directrice. C'est certain, si jamais la collègue n'est pas en état de reprendre, m'en fous je refuse. L'inspecteur se démerdera. J'ai failli y laisser ma peau cette fois, et c'est clair qu'au vu du topo de la rentére je pourrais pas encaisser.

Et comme d'habitude c'est mon métier qui me dévore et me pèse, je ne arle que de ça, je dis que j'y pense pas mais en réalité c'est là tapit dans un coin et ça sort de sa boîte comme un clown terrifiant à chaque pretexte.

A part ça, ça va. J'essaie de pas devenir folle, ou plutôt totalement dépressive. Je chemine dans mon deuil, un peu péniblement, y'a des jours très difficiles, d'autres plus légers. Je peux changer d'humeur d'une minute à l'autre et me mettre à pleurer sans crier gare, sans même savoir pourquoi. A l'intérieur je me sens triste, fatiguée, en colère et perdue. Bref c'est le bordel. Mais je garde la tête hors de l'eau en priant, et en me disant que j'ai déjà vécu des choses difficiles, et que ça finit toujours par aller mieux si je ne veux pas en faire trop, trop vite. Je dois être patiente et bienveillante avec moi même, ce qui n'est pas évident pour moi. J'ai tenté d'avancer les travaux de la maison pour me changer les idées, mais comme je suis versatile et pas sûre de moi ça a été très compliqué, problème de papier peint qui va et ne va plus et re-va et puis ne re-va plus et finalement si... et puis non pas terrible mais tant pis c'est fait. Une éternité pour peindre 3 pauvres murs car le corps ne suit pas. Au final j'ai regretté de m'être lancé là-dedans et j'ai bâclé la fin pour vouoir remettre tous les meubles et les affaires à leur place et qu'on en parle plus. Parce que j'en pouvais plus du bordel dans la maison. J'en peux plus du bordel partout dans ma vie. J'ai vraiment l'impression de rien maîtriser, de rien anticiper, de rien vouloir vraiment, de tout subir. Tout est en vrac, je suis en vrac. Je me raccroche à l'idée que je fais de mieux que je peux, et que même si je cours à côté du vélo, au moins j'ai pas laissé tombé et j'essaie, et c'est à force d'essayer qu'à un moment donné ça va recommancer à ressembler à quelque chose. Pour le moment c'est juste la zone, flippante, déprimante, envahissante...

Et j'ai l'impression que ce post est un reflet fidèle de tout ça, j'ai presque l'impression de l'avoir vomi tellement tout est sorti en vrac et n'a pas l'air d'être plus digeste que ça...

Je ferai mieux la prochaine fois. Ou pas.

En tout cas j'essaierai.

Posté par Josephine Eddie à 01:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

30.04.20

Sauvetage

Catégorie: Poésie

Ne reste pas, amour
Tout ici est froid
Et distance
Des yeux aguerris
Des résistances
Tout ici est parole
En l'air
Tournoyant si vite
Qu'elles en décapitent
Ceux qui y croient

Ne reste pas, amour
Tout ici est rance
Et plat
Des tablées qui festoient
Qui dansent
Dans l'agonie même
Des âmes
Rampant sous les tables
Déchirées
Par leurs rires creux

Ne reste pas, amour
Car je ne suis pas ici
J'attends ma place
Ailleurs
Tout ici est pauvre
Tranchant
J'ai choisi un coin
Au fond
Au bord de mes yeux
Au cas où je te croiserai
Au cas où
Tu serais resté

52227eaa6fc0f4782e5fe3c24d7a3422
                                                                                   Kid kissing his father at mexican border by Unknown

Posté par Josephine Eddie à 23:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

29.04.20

Tu veux ou tu veux pas?

Catégorie: Au Boulot!

Rependra? Reprendra pas? Le gouvernement annonce la réouverture des écoles pour le 11 mai. Mais sur le terrain, rien n'est si simple. A priori notre municipalité veut rouvrir. Dumoins c'est ce que je pensais après ma conversation avec monsieur le maire cet après-midi. Mais juste après j'apprends d'une autre directrice que son maire à elle l'a informée que la communauté de commune dont nous faisons partie met au vote la semaine prochaine l'ouverture ou non de toutes les écoles du coin et qu'a priori c'est le non qui l'emporterait. Suspens...

Et puis si l'école rouvre, rien n'est fait.

Reprendra? Reprendra pas? Sachant que j'enseigne à des petits de 6 ans - incapables donc de respecter les "gestes barrières"- et que je suis "personne fragile" car asthmatique. Attention hein, je parle pas de ces personnes qui n'ont jamais vu de pneumologue et qui se disent asthmatiques parce qu'elles ont une ventoline dans un placard à la maison pour quand elles font des crises 2 fois dans l'année... Incroyable aujourd'hui le nombre d'asthmatiques qu'on rencontre, mais quand on creuse on se rend compte qu'en fait c'est - disons le - un asthme très très très léger, pour pas dire imaginaire. Du coup au début de la crise quand j'ai dit aux personnes autour de moi que j'étais fragile car asthmatiques certaines ont sous-entendu que c'était un prétexte bien pratique. J'ai moyen apprécié. Il a fallu que je me justifie en disant que j'étais vraiment asthmatique, avec un abonnement premium chez le pneumologue, et un traitement quotidien au long cour que je ne peux pas oublier sinon... ben je m'étouffe. C'est un bon pense-bête. Bref, je ne sais donc pas quoi faire. D'un côté j'ai envie de retrouver mes élèves, de redonner vie à cette école, de finir cette année du mieux possible, et disons le aussi de sortir de chez moi! De l'autre côté, je me demande ce qu'il se passera si je l'attrape, cette merde... Est-ce que je finirai à l'hosto? Sous oxygène au mieux, en réa au pire? Est-ce que je serai seulement malade comme un chien chez moi pendant 3 semaines? Est-ce que je mettrais du temps à récupérer ensuite, avec des séquelles?

Reprendra? Reprendra pas? Y'a aussi le sentiment que si je reprends pas je laisse mes collègues dans la merde. Même si à distance j'aurai tout organisé au mieux, c'est pas moi qui essuierait les plâtres sur le terrain et qui gérerait l'ingérable au quotidien, dans l'angoisse et l'incertitude. Le sentiment aussi que les parents d'élèves - qui retourneront travailler eux- me verront encore comme une privilégiée. Que je donnerai cette image de planquée à tout le monde. Que je penserai plus à moi qu'aux autres et que ça j'en ai pas le droit. Alors que d'un autre côté je sais bien que je dois prendre soin de moi. Surtout que maman a besoin de moi, elle vivrait très mal que je tombe malade. Et si j'étais hospitalisée elle ne le supporterait pas. 

Reprendra? Reprendra pas? Pour le moment je n'ai pas la réponse. J'attends d'avoir plus d'infos. Que les choses se mettent en place. J'espère surtout que quelqu'un ou quelque chose va prendre la décision pour moi, que ça paraîtra évident à un moment donné. J'essaie de garder l'angoisse à distance.

Pour le moment je suis toujours en sécurité chez moi pour une dizaine de jours encore.

Posté par Josephine Eddie à 23:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Retour de running

Catégorie: Shoot Shoot Don't Talk!

DSC_0697

DSC_0699

DSC_0708

DSC_0712

DSC_0705

DSC_0715

DSC_0720

DSC_0724

DSC_0734

Posté par Josephine Eddie à 22:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


11.04.20

La relève

Catégorie: Poésie

Ton empreinte dans le vent. Quand je respire, je vois les étendards flotter au bout de leur pic. Planté sur les murailles de l'attente, espérant le soleil, le cuir glisse entre mes doigts comme le silence sur la pierre. Qui viendra jusqu'à moi. Main sur le coeur, il n'est pas d'adieu s'il n'y a pas d'absent. J'ai le regard qui court à l'horizon rouge. Sur les lèvres le goût de la nuit presque fraîche déjà. Immobile et plat, le monde s'enferme. Comme je guête le retour.

Qui viendra.

Après moi.

mazagan
                                                                                              Mazagan by Unknown

Posté par Josephine Eddie à 00:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

21.03.20

Streets empty

Catégorie: Soundtrack Lyrics

Keep the streets empty for me - Fever ray

Memory comes when memory's old
I am never the first to know
Following the stream up North
Where do people like us float

There is room in my lap
For bruises, asses, handclaps
I will never disappear
For forever, I'll be here

Whispering
Morning, keep the streets empty for me
Morning, keep the streets empty for me

I'm laying down, eating snow
My fur is hot, my tongue is cold
On a bed of spider web
I think of how to change myself

A lot of hope in a one man tent
There's no room for innocence
So take me home before the storm
Velvet mites will keep us warm

Whispering
Morning, keep the streets empty for me
Morning, keep the streets empty for me

Whispering
Morning, keep the streets empty for me
Morning, keep the streets empty for me

Uncover our heads and reveal our souls
We were hungry before we were born

Uncover our heads and reveal our souls
We were hungry before we were born

Uncover our heads and reveal our souls
We were hungry before we were born

Uncover our heads and reveal our souls
We were hungry before we were born

https://www.youtube.com/watch?v=jWFb5z3kUSQ

82257be359fa2e7ae216d3aed44161d1
                                                                     Flowartstation by Adrian Wojtas

Posté par Josephine Eddie à 22:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

20.03.20

Déposée

Catégorie: Etats d'âme

J’ai tout contenu, gardé, scié, attaché. Plaqué et fermé, posé, déposé, abandonné. J’ai tout abandonné. Mis à l’abri au noir, au froid, loin au fond. En silence et en prière. Le vent même n’arrive pas jusque-là. La terre fraiche, sobre. Le vide du béton. Il n’y a que le bruit des pas sur le carreau, le long de cette galerie qui s’étire dans mon esprit, qui s’étire dans mes nuits, au plus profond de mes entrailles elle plonge et n’en finit pas de s’éterniser. Il y a de la lumière quand j’y pense. Et puis non. Dans la boîte. Hors de la boîte. On ne peut pas être les 2. Alors je n’y pense pas. Le silence définitif. Un calme absolu et plat. Personne n’attend la fin quand elle est là. Tout s’arrête. Tout est là. Posé, et terminé. Mais dehors on continue de venir. On continue de marcher. Et je remonte ce couloir. Encore. J’y vais parce que c’est à l’intérieur de moi, parce qu’on ne peut pas oublier. Parce que j’ai tout gardé. Je regarde sans voir. Je sais mais je préfère ignorer. Je tente de garder la boîte fermée. Le couvercle est lourd. Et scellé. Pourtant je suis dedans. Je sais dedans. Le béton lisse et propre. Le bois soyeux. Les roses mortes. Comme dans toutes les autres boîtes. Une partie de ma vie qui est terminée. Juste terminée. Et qui reste posée là. Fermée. Mise à l’abri. Je porte ça. Et c’est trop lourd. Alors j’ai abandonné le reste. Pour ne plus porter que ça. Pour remonter le couloir et m’asseoir ici. Pour être dedans plus que dehors. Ou l’inverse peut être. Peut-être que c’est moi dans la boîte. Peut-être que j’y suis depuis longtemps. Et c’est moi que je garde, plaquée, fermée, déposée.
C’est moi que j’ai abandonnée.

628f1bdc6c38de05457387bc9bdce6a1
                                                                                            Alone by Unknown

Posté par Josephine Eddie à 21:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

19.03.20

Parure

Catégorie: DarkSide

Je vais t'arracher la langue, et je m'en ferai un collier, avec tes dents. Et j'irai le porter fièrement à la face du prochain qui osera me dire qui je suis, qui osera me prendre de haut, de loin, à froid. Je suis une reine, je suis une guerrière, je suis la terre. On me parle bas, on me donne tout, on recule et on prie pour que je n'arrache pas les yeux, la peau, les entrailles. Toi tu me mens, tu oses te tenir devant et droit, comme si ta valeur permettait d'être si digne, comme si tu pouvais prétendre à mon regard. Mais je vois le mauvais dans tes doigts et au coi de ta bouche, j'entends le mauvais quand tu loues ces belles paroles à l'assemblée. Je ne suis pas dupe. Je suis la maîtresse, la taulière, et je sais ta rancoeur et ton fiel, comme ils coulent en tes veines et fourbissent nos malheurs. Alors je vais t'arracher la langue, et m'en faire un collier. Car je suis la vie et la respiration, je suis ce qui sauve et ce qui étreint, je suis la nuit sereine qui éteint la souffrance. je vais prendre celle que tu répends et t'en faire un linceul, t'étouffer avec ta morgue et ta suffisance, et ensuite, je t'arracherai la langue et je m'en ferai un collier. Avec tes dents. Qu'elles ne mordent jamais plus personne. Surtout pas moi.

Kahdestaan
                                                                              Butterflies by Mika Penttinen

Posté par Josephine Eddie à 22:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Bordel féodal

Catégorie: Au boulot!

Voilà presque une semaine que je "télétravaille" depuis mon bureau à la maison et que j'ai l'impression que toutes les familles de mes élèves ont élu domicile chez moi... Car je reçois email et sms constamment pour envoyer du travail ou poser des questions, c'est bien mais c'est envahissant. Heureusement les choses commencent à rouler mais il fallu beaucoup d'efforts et de fairplay pour y arriver, tellement nous avons reçu - et on reçoit encore - des consignes contradictoires venant de tout bord. C'est un peu du délire...

Alors oui je vous entend dire "c'est normal que ça coince, personne n'est préparé, faut être indulgeant"... Bien sûr. Là où ça devient ubuesque, c'est avec l'organisation grandiosement efficace de base de l'éducation nationale. En fait, nous avons une organisation féodale. Avec des seigneurs locaux, les inspecteurs, qui ont pouvoir d'interprétation et d'adaptation quand à l'application des consignes reçues plus haut de la monarchie. Et le pouvoir aussi de pondre leurs propres consignes quand ils en ont envie. Tout ça donne un bordel monstre à l'arrivée. Surtout quand déjà au départ de tout en haut la consigne n'est pas claire et prête à interprétation d'elle même, qu'elle a été déjà interpretée une première fois par le dasen, le seigneur des seigneurs, avant de descendre sur les inspecteurs... bonjour le résultat à l'arrivée.

Et à l'arrivée tout en bas y'a moi. Pauvre pignouf de directrice et enseignante, qui a donné 4 consignes diférentes aux parents en 3 jours sur la possiblités d'aller - ou non - oui enfin si - non finalement pas - ah si en fait ben si - récupérer les devoirs pour leurs bambins en mairie. Et j'attends demain pour voir si on n'en a pas une dernière, on a été prévenu qu'il devait y avoir une clarification à venir.

Par dessus ça, on a les parents, totalement pris en otage par les voeux de notre minsitre de voir l'école continuer à la maison, qui se retrouvent à devoir faire la maîtresse alors que comme me l'a dit une maman aujourd'hui "vous avez un savoir faire qu'on n'a pas"... Merci ça fait plaisir de se l'entendre dire par les parents, à défaut de l'entendre de notre ministre. Les pauvres parents galèrent, et nous avec eux car du coup on essaie d'adapter au mieux, pour qu'ils y arrivent et que nos élèves travaillent un minimum comme on nous le demande. Sans parler des conditions matérielles puisque les serveurs de l'éducation nationale sont restés à l'époque du minitel et que oui, quoi qu'en pense nos hauts fonctionnaires, y'a plein de gens qui ne sont pas des pros en informatiques voire - oh incroyable bête rare pas si rare que ça par chez nous-  n'ont carrément pas de matériel et de connexion à la maison. Comme cette famille qui n'a ni ordinateur ni voiture d'ailleurs pour aller à la mairie et pour laquelle j'imprime moi-même le travail que je vais devoir poster maintenant puisque je ne peux plus leur porter dans la boîte aux lettres... Vive l'égalité des chances!

C'est quelque chose d'étrange que nous vivons, et encore une fois je me rends compte à quel point notre système repose sur la base, les petites gens, qui font de leur mieux, qui s'arrangent, qui donnent leur temps, leur énergie et risquent leurs vies dans le cas de certains, pour faire tourner tout ça. Ceux qui prennent les décisions en haut ont sans doute beaucoup de stress et de responsabilités mais c'est en bas qu'on se sort les doigts du c... et qu'on trouve finalement de vraies solutions, de vraies façon de fonctionner.

J'espère que la façon que j'ai trouvé moi pour accompagner mes élèves et leur familles les aide au mieux, et que cette drôle d'expérience nous apportera quelque chose de positif au bout du compte.

Courage ça ne fait que commencer...

Posté par Josephine Eddie à 22:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]