In my Pocket

27.02.16

Morts vivants

Catégorie: Poésie

Des blessures sans trace
Dans ce sang qui ne coule pas
Dans ce souffle qui ne manque pas
Y'a-t-il des soldats qui ne meurent jamais?

Transpercés par le glaive
Ils resteraient là, impassibles
Se vidant sans y penser
Sans le faire remarquer,
Et debout, toujours
Continueraient-ils de se battre?

Des cicatrices qui ne parlent pas
Qui n'ont pas eu de blessures
Des chairs qui ne se sont jamais ouvertes
Dans ce corps vivant
Des morts qui ne meurent pas.
Y'a-t-il des coeurs qui s'arrêtent
Sans rien dire, parce qu'il le faut bien
Et continue de battre mécaniquement
Parfaitement?
Des oiseaux en plein vol qu'on auraient déjà abattus
Et qui s'en iraient loin
Très loin.

Des blessures sans trace
Dans ce qui ne se montre pas
Dans ce qui ne se reconnait pas
Dans ce qu'on porte
A l'intérieur
Et qui nous achève.

Y'a-t-il des soldats qui ne meurent jamais,
Autres que nous mêmes?

08_France_Paris_PigeonOnStatue
                                                                                      Pigeon sur une statue parisienne by Unknown

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Sans perspectives d'avenir

Catégorie: Vie Privée

Pas beaucoup parlé depuis un bon moment, encore. Decidemment c'est comme s'il fallait choisir entre vivre sa vie ou écrire sa vie. Même si à vrai dire je ne vis pas grand chose, juste beaucoup de boulot et forcément beaucoup de fatigue qui me cloue le plus souvent à mon canapé quand j'arrive à finalement décrocher de l'école. Je bosses, beaucoup, surtout que cette année en plus de ma classe j'ai eu la brillante idée de me porter volontaire - un peu désignée d'office faut dire quand même - pour être de nouveau directrice. Et à ma grande surprise ça se passe plutôt bien, voire même très bien, surtout si je compare avec mes 2 années d'exercice de la fonction y'a un bail maintenant. Vieillir à aussi des avantages. Même si parfois je panique encore pour des broutilles, la plupart du temps j'arrive à gérer correctement - ce qui n'est pas sans moultes heures passées à me prendre la tête en reflexion de stratégies et de meilleures façons de faire/dire les choses - et j'arrive même à me décider à envoyer chier qui de droit quand c'est indispensable. Là encore, pas sans effort, mais j'y arrive.

Reste que quand j'ai géré tout ça, et ma classe en plus, qui me prend un temps et une énergie considérable, je suis une loque qui ne fais rien d'autre de sa vie. Quand j'y pense ça me désespère. Alors j'évite de trop y penser. Je viens de fêter mes 36 ans. Dans ma tête j'en ai encore 21 je crois, je me sens/me vois comme une jeune étudiante, une jeune fille fraîche, mais quand je croise un miroir il me rapelle vite que ce n'est plus le cas. Et les petites remarques des gens autour de moi en remettent une couchent aussi, ceux qui commencent à poser des questions gênantes du genre "mais tu voudrais pas avoir des enfants quand même?" et à qui je meurre d'envie de répondre "si, beaucoup, mais pas toute seule, et il se trouve que je suis toute seule, donc...", ou ceux plus jeunes qui vous balancent "ah mais t'as presque le même âge que ma mère" ou encore "mais j'étais pas né moi quand y'avait ça à la télé!" alors que je parlais d'une série des années 90.  Veillir à peut être des avantages, mais c'est quand même un phénomène étrange à vivre. Etrange et inquiétant, quand on ne veillit pas comme on l'aurait pensé, comme on l'aurait voulu. Je n'ai aucun point commun avec les femmes de mon âge, qui parlent principalement de leur vie de famille - et je les comprends- quand moi je n'en ai pas, ou si, je m'occupe de mes parents vieillissant et malades. C'est pas la même perspective.

En fait c'est ce qu'il me manque, des perspectives positives. Rien en vue. Je n'ai rien en vue. Dumoins rien de réjouissant, rien qui soit de l'oxygène, du soleil. Rien qui porte. Autour de moi c'est mariage, premier bébé, voyage au bout du monde, deuxième bébé, rénovation maison, vacances en famille, déménagement... Pendant que moi je survis. Je survis juste. Et quelque part je trouve ça déjà tellement incroyable d'arriver à être là, encore, d'être quelqu'un de bien, qui ne nuit à personne, qui se prend en charge, qui est utile dans cette société et qui la plupart du temps n'est pas si malheureux. Je mets toute mon énergie là dedans, dans ce strict essentiel qui me demande tellement d'effort, que c'est presque comme une victoire. Presque. Parce que c'est si petit.

Que des fois je me dis que moi aussi je voudrais avoir le bonheur d'une perspective heureuse, quelque chose qui vous fait respirer à plein poumons.
Quelque chose qui porte.
Qui me porte. Qui m'emporte.

En attendant je survis à ma vie. De toutes mes forces.

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22.08.15

Les héros ne meurent jamais

Catégorie: Petits Bonheurs

Pour voir, comme ça, parce que fatiguée un peu de la vie, petite baisse de moral passagère, pour voir, rouvrir le roman inachevé auquel j'ai pas touché depuis des années. Parce que l'impression que c'est peut être le moment. Se dire que c'est sans doute très mauvais, et pas vraiment exploitable, mais vouloir voir. Parce que je crois que c'est une partie importante de moi, une des seules parties qui soit intrinsèquement un peu intéressante, et qui soit vraiment moi.

Juste pour voir.

Et se le prendre en pleine figure.  Que c'est bon. Que c'est habile. Que ça se tient. Que c'est ficelé, et que ça se lit, avec plaisir même. Se rendre compte de tout le travail, de toute l'inspiration incroyable que ça a demandé. Et sentir que c'est là.

Que c'est encore là. Enfin.

Passer plusieurs heures au creux de la nuit à reprendre le fil de cette histoire, à refaire le parcours pour retrouver les personnages, l'intrigue, le ton, et ne décider d'aller se coucher que quand j'en suis arrivée là, enfin, avec le curseur, sur une nouvelle ligne, prête à enquiller la suite.

Parce que c'est là. Bordel.

Parce que je suis morte de faim. Prête à dévorer et avaler des kilomètres de mots, des pages, que je le sens en moi, comme on respire.

Et alors...

J'entends le capitaine rire à gorge déployée.

 

 

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17.08.15

Pour de vrai

Catégorie: Interludes

Nos rêves sont juste des hallucinations que nous prenons au sérieux.

Our dreams are hallucinations. And we take them seriously.

surreal-dream-photos-caras-ionut-15
                                                                   Surreal dream by Caras Ionut

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Répétition générale

Catégorie: Au Boulot!

Voilà, c'est parti pour une 10ième préparation de rentrée! 15 jours. 15 petits jours pour réfléchir, planifier, organiser une année, c'est totalement illusoire mais à chaque fois on espère! Je suis donc parti pour des paufinage d'emploi du temps - qui s'averera bien sûr intenable tel quel, pour des découpages et planifications de compétences - tout aussi intenables évidemment, des élaborations de projets divers - absolument et imparablement chronophages dans une année scolaire, des plastifications d'étiquettes, des affichages, des nouveaux jeux dont il faut comprendre la règle, des nouveaux albums et ceux qui sont incontournables, des nouveaux prénoms, des nouvelles bouilles...

Je suis très enthousiaste pour cette rentrée, et je m'étonne moi-même. Car en fait l'année dernière a été exceptionnellementgéniale. Attention, je n'ai pas basculer dans le monde des bisounours hein! Ce fut une année avec nombres de difficultés à surmonter, certains élèves m'ont demandé beaucoup de patience, beaucoup de remise en question, beaucoup de réfléxion aussi, pour les accompagner au mieux; certaines familles ont été particulièrement difficiles et j'ai du enfiler ma casquette de psy-assistante sociale plus d'une fois; une de mes collègues a été un poid mort à se traîner toute l'année, j'ai piqué de belles crises de nerf et pleurer un bon nombre de fois. Malgrès tout cela, j'ai eu le bonheur d'avoir une classe enthousiaste, des petits loulous motivés et à fond dans nos divers projets, j'ai eu le bonheur de voir les progrès, les situations qui se dénouent, des confiances qui se tissent, qui redonnent envie après tant d'efforts. J'ai aussi eu le bonheur de travailler avec une collègue, que je connaissais depuis 3 ans mais qui s'est un peu plus révélée vu qu'on s'est un peu retrouvé toutes les deux à tout mener de front - rapport au poid mort qui en a fait un minimum. Mais ce poid mort aussi a eu son rôle dans mon changement d'attitude face à mon travail. Parce qu'en voyant cette collègue fatiguée, traînant avec elle ses trente ans de carrière comme un trophée brûlé auquel personne ne prête plus d'importance, brisée par sa propre vie, figée quelque part où personne ne peut plus l'atteindre, j'ai trouvé ça triste. Je ne veux pas être ce genre d'instit. Je fais un métier dur, mais c'est un peu comme si j'avais passé le mur du feu. Derrière, tout va bien. Une fois qu'on a compris qu'on ne peut pas tout, qu'il faut se protéger aussi pour continuer à aider ses élèves, qu'il faut hurler beaucoup pour avoir juste un petite peu d'aide et si elle ne vient pas on n'est pas coupable. Faire ce qu'on peut, aussi bien qu'on peut. Une fois qu'on a compris ça, tout va mieux. Je dis pas que ça ne reste pas très fatiguant et tout à fait déprimant, je dis juste qu'on arrive à vivre avec.

Bref, revenons-en à nos moutons. J'ai donc passé une année magnifique, et je sais déjà que l'année qui arrive sera différente. Moins belle, forcément. Ralala vous allez me dire, elle reprend ses vieilles habitudes pessismites! Pas tout à fait non, juste réaliste. Car la configuration idéale n'est plus: ma collègue avec qui je formais un vrai tandem a changé d'école, et j'aurais deux nouvelles collègues, deux petites débutantes pour cette nouvelle rentrée. C'est déjà un gros moins dans la paysage, car cette collègue était un vrai soleil, d'un positivisme et d'une énergie à toute épreuve, et avec le temps on se comprenait à demi-mot, elle va beaucoup me manquer. Le deuxième gros moins c'est que je perds aussi mon atsem qui vient de m'accompagner pendant 3 ans. C'était une perle. Avec moi, avec les enfants, et pas seulement dans le boulot, c'était juste une personne adorable avec qui j'avais beaucoup d'affinités. Un crève-coeur de la voir partir. Mais voilà, elle n'était que remplaçante, et l'atsem attritrée reprend son poste à la rentrée. Atsem attitrée avec qui je n'ai aucun atome crochu, je ne m'entends pas avec elle, tout simplement. Donc bye bye climat détendu et sympa au sein de ma classe et j'ai vraiment de grosses interrogation sur la faon dont va se passer notre collaboration... Le troisième gros moins, c'est que je vais de nouveau être directrice. Et oui, qui dit "petites collègues débutantes" dit "direction pour la vieille". Ce n'est pas à contre-coeur, j'étais volontaire mais si quelqu'un de capable avait pu l'assumer à ma place, j'aurai pas dit non. Je vais donc devoir me taper les réunions et les stages de direction... moi qui suis devenu totalement phobique des groupes restreints, c'est génial...

Tout ça pour dire que je devrais être morte de peur à l'idée d'affronter tout ça. Mais pas du tout. Je ne mentirai pas, ça me trotte dans la tête, la preuve je viens en parler ici. Mais je ne suis pas en panique, je suis même assez enthousiaste de voir ce que tout ça va donner, et donc je m'étonne moi-même.

Bon, il y a de fortes chances pour que dans quelques semaines, je vienne écrire ici même que j'ai juste envie de me flinguer tellement ça me soûle... parce qu'on ne change jamais vraiment paraît-il.

N'empêche que ça sera ma dixième rentrée, et que c'est la première fois que je suis aussi enthousiaste que pour ma toute première rentrée.
Le trac en moins.

Et c'est très agréable!

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01.08.15

La maîtresse aime...

Catégorie: Petits Bonheurs

J'ai eu la surprise de trouver une carte postale dans ma boîtes aux lettres aujourd'hui. Je ne reçois pas souvent de carte postale, c'est déjà donc une bonne surprise. Mais le meilleur fut de voir, en la retournant, une petite écriture si caractéristique que j'ai tout de suite compris qui m'envoyait ce petit mot: des lettres mal tracées, faites de petits bâtons mal entrecroisés et de courbes qui partent de guingois, une écriture 10 fois trop grosse qu'on dirait presque destinée aux malvoyants... une petite écriture d'enfant qui apprend à écrire en somme! C'est donc une de mes petites louloute de cette année, que j'aurai le bonheur de retrouver en CP à la rentrée, qui a tenu à m'envoyer une petite carte, écrite avec ses petites mains maladroites et toute son envie de mettre en pratique ses premières découvertes de l'écriture, avec en prime un petit mot de sa maman.

Bien sûr mon esprit de maîtresse a tout de suite repéré que le "e" a vraiment un problème de tracé et qu'il faudra que je surveille comment elle fait ses "p" parce que ça va pas du tout mais... j'étais sincèrement touché de cette attention si mignonne.

J'en ai souris pendant 10 bonnes minutes et j'ai du la relire 20 fois!

La maîtresse aime : les cartes postales de ses élèves!


                                                     La maîtresse aime by Jack

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28.07.15

Nouvelle donne

Catégorie: Etats d'âme

Combien de temps faut-il pour sortir la tête de l'eau? Sortir d'un deuil, d'une dépression, sortir d'un tournant de la vie qu'on a mal négocié et qui a fini dans le décor? De toutes ces choses qui se sont enchaînées, déchaînées, et qui m'ont enfoncée, défoncée, et laissée là, comme morte à l'intérieur, piétinée, agarde et désespérée?

Des heures, des jours, des semaines, des mois, et finalement des années. Presque 3 ans quand j'y pense. Mais ce n'est pas ce qui me choque en premier, quand j'y pense. Je suis surtout estomaquée d'en être revenue. Tout simplement. D'avoir retrouvée une intégrité physique et mentale, un équilibre, un chemin à suivre. Je ne sais pas si c'est de la résilience, ou du miracle. Mais me revoilà, encore en selle, de nouveau capable de sourire, d'espérer, d'avancer. Fière de moi, même si tout n'est pas parfait. Fière d'en être arrivée là, même si je ne comprends pas vraiment comment j'ai pu y parvenir, comment je n'ai pas simplement couler au fond. Bien sûr il y a eu le temps qui passe, efficace... Bien sûr il y a eu les mains tendues, l'amour d'une famille, les bonnes rencontres au bon moment pour venir bousculer la monotonie et allumer la lumière au bout du tunnel... Mais même avec tout ça, je me demande encore comment j'ai fait pour m'y accrocher, pour saisir la chance, pour ne pas basculer définitivement de l'autre côté. Je ne me serai pas cru capable. Pas assez forte. Et pourtant...

Me revoilà, plus sereine que jamais. Plus vieille certainement. Et malgré toutes les inconnues qui se profilent sur mon chemin pour les mois et les années à venir, l'équation de ma vie a une nouvelle donnée qui me rassure un peu: je suis forte, bien plus forte que je ne le crois. Je vais garder ça en tête et continuer d'avancer.

Maintenant que je me souviens comment on fait.

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16.03.15

Poète

Catégorie: Poésie

 

Parle, homme

Parle

Car quelque part

Quelqu'un écoute

festival-poesie-2013-1
                                                                                                                                        Poésie by Unknown

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26.03.14

Exécution

Catégorie: Poésie

Des yeux vides
Des mains pleines
Des mots qui crissent
Et qui mentent
Comme on repeint les murs
Aux couleurs des condamnés
Avec autant de balles
Qu'il y a de têtes
Parce que le vent
Ne rentre pas ici
Et que toute sa force n'a pas de foi
Ici
A en arracher le coeur des dieux
Ou celui des enfants
On en aurait plantés là
Tout droits
Combien
Seulement parce que c'est ainsi
Ici
J'en ai les bras en sang
A force d'accrocher
Leurs yeux aux miens
Tandis qu'on recharge
Et qu'on charie
Leurs cadavres encore vivants
Il n'y a pas de massacre plus dur
Que celui
Qui vous fixe dans les yeux
Juste avant
Et je n'avais les mains pleines
Que de sable
Et de vent
Je ne suis que la terre
Pas l'acier
De leurs armes
Dumoins je le prie


                                                                                                                   Colère by Anne Tourliere

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25.03.14

Enragée

Catégorie: Au Boulot!

Je suis encore en arrêt maladie. Pas longtemps. Juste 3 jours. Pour reprendre de l'air. Je n'ai pas vraiment le choix mais je me sens minable de faire ça. C'est une fuite. Carrément. Ca ne résoud rien. Malheureusement. Et j'enrage d'en être arrivée là. C'est juste pour ne pas craquer, ne pas imploser en vol. Comme sortir la tête de l'eau pour reprendre de l'air avant de replonger pour les 2 semaines qui restent avant les prochaines vacances. Depuis 2 ans de toute façon, je ne vis plus que de vacances en vacances, je compte chaque semaine, chaque weekend, et j'attends la fin de l'année scolaire comme une délivrance. C'est épuisant. Désespérant. Encore plus quand on sait qu'ensuite il faudra replonger pour une nouvelle année.
10 ans de métier. Je n'ai que 10 ans de métier. Quand j'y pense je me demande comment j'ai pu devenir si vite l'ombre de ces profs que je croisais lorsque j'étais encore prof stagiaire et qui me faisait horreur. Des profs ciniques, désabusés, encore professionnels mais plus tout à fait concernés, parfois assez expéditifs, attentifs avec les élèves mais blasés de tout le reste... et parfois même blasés des élèves. Est-ce que je vais en arriver là, à force? Aujourd'hui je me sens en colère et dégoûtée par tous ce qu'il m'a fallu traverser comme absurdités, tout ce à quoi j'ai pu assister, participer comme mascarades. Mais est-ce que je vais en arriver là, à force?  A m'en foutre de tout? Même du petit M. et du petit E. qui ne savent toujours pas lire et pour lesquels je prépare tous les jours un travail adapté? Même de la petite D. qui me dit qu'elle ne mange rien quand elle rentre chez elle le midi? Du petit G. autiste sur les bords et qui teste ma patience à longueur de journée? De la petite N. angoissée par son hystérique de mère qui la menace de la changer d'école au moindre faux pas et que j'essaye de rassuer tous les jours comme je peux? Du petit L. qui en cette fin de CP n'arrive toujours pas à écrire le moindre mot correctement, même pas son prénom... De tous ces enfants pour lesquels je me décarcasse tous les jours et qui me hantent à longueur d'année, est-ce que je vais finir par m'en foutre un jour, comme ces profs affreux que j'ai tant méprisé autrefois?

Dans cette machine absurde qu'est l'éducation nationale, où quand je parle d'enfants en grandes difficultés, quand j'appelle à l'aide pour eux, on se contente de me répondre au mot près "qu'ils ne rentrent pas dans les statistques", où l'on m'explique que pour un élève qui ne sait absolument pas lire en fin de CP le redoublement n'est pas une solution, où l'on me propose des heures de formations sur le thème de "la littérature au CP" alors que moi je voudrais plutôt qu'on m'explique comment je peux gérer une simple séance de lecture alors que j'ai 2 élèves totalement non lecteur au milieu d'un groupe de lecteurs sacrément hétérogène  et qu'en plus je dois m'interrompre en plein milieu de la séance pour tester la glycémie d'un de mes élèves diabétique, où je voudrais que l'on m'entende quand je parle de cet autre élève au comportement si particulier et si dérangeant qui passe son temps à piquer des crises de nerfs et que je passe mon temps à calmer, laissant ses camarades en plan le temps qu'il faut... Dans cette machine absurde, qui pour arrêter le massacre, pour limiter la casse? Nous, profs, encore motivés, encore résistants, appelant à l'aide, appelant à voir, à prendre conscience!

Mais il n'y a personne au bout du fil. Et j'enrage. Vaguement les collègues, eux-même aux prises avec leurs propres classes totalement hallucinantes. Quelques discussions à la récré, pour se rendre compte que tout continue de se dégrader vitesse grand v et qu'on va droit dans le mur. J'en ai ras le cul - pardon pour l'expression mais c'est celle qui vient spontanément - de leur conneries d'en haut. Des soit-disant nouveaux programmes qui n'auront rien de bien nouveau, on le sait déjà. Des soit-disantes revalorisations de la profession qui n'existent tout simplement pas. Des soit-disant moyens supplémentaires... ah bon où ça? De tous leurs merveilleux concepts et brillantes idées toujours plus loin du merdier de la réalité...

Et le merdier ça ronge. Ca ronge les profs, comme moi. Ca ronge surtout les gosses. C'est le plus insupportable. D'assiter impuissant au massacre, de voir que ce qui aurait pu faire la différence ne sera jamais accordé, jamais même considéré. De voir tous ces gamins qui pourraient avoir une chance si on les voyait vraiment, au lieu de voir des statistiques. De voir qu'on peut y mettre toutes nos tripes jour après jour pour au bout du compte se faire remettre à sa place par le système. Parce que y'a pas de place. Parce que y'a pas de temps. Parce que y'a pas d'argent. Parce qu'on vous rappelle pas. Parce que.

Dans ces cas là je me dis qu'heureusement qu'il y a de la rage, qu'heureusement que ça me révolte encore, de voir comment ça me détruit, de voir comment ça démonte des gosses, parce que même si elle me ronge elle aussi, au moins je me bats encore, comme une enragée, avec la force du désespoir.

Mais pour combien de temps?

Qu'est-ce qui vient après la rage?

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