Des choses plus intimes
27.02.16

Sans perspectives d'avenir

Catégorie: Vie Privée

Pas beaucoup parlé depuis un bon moment, encore. Decidemment c'est comme s'il fallait choisir entre vivre sa vie ou écrire sa vie. Même si à vrai dire je ne vis pas grand chose, juste beaucoup de boulot et forcément beaucoup de fatigue qui me cloue le plus souvent à mon canapé quand j'arrive à finalement décrocher de l'école. Je bosses, beaucoup, surtout que cette année en plus de ma classe j'ai eu la brillante idée de me porter volontaire - un peu désignée d'office faut dire quand même - pour être de nouveau directrice. Et à ma grande surprise ça se passe plutôt bien, voire même très bien, surtout si je compare avec mes 2 années d'exercice de la fonction y'a un bail maintenant. Vieillir à aussi des avantages. Même si parfois je panique encore pour des broutilles, la plupart du temps j'arrive à gérer correctement - ce qui n'est pas sans moultes heures passées à me prendre la tête en reflexion de stratégies et de meilleures façons de faire/dire les choses - et j'arrive même à me décider à envoyer chier qui de droit quand c'est indispensable. Là encore, pas sans effort, mais j'y arrive.

Reste que quand j'ai géré tout ça, et ma classe en plus, qui me prend un temps et une énergie considérable, je suis une loque qui ne fais rien d'autre de sa vie. Quand j'y pense ça me désespère. Alors j'évite de trop y penser. Je viens de fêter mes 36 ans. Dans ma tête j'en ai encore 21 je crois, je me sens/me vois comme une jeune étudiante, une jeune fille fraîche, mais quand je croise un miroir il me rapelle vite que ce n'est plus le cas. Et les petites remarques des gens autour de moi en remettent une couchent aussi, ceux qui commencent à poser des questions gênantes du genre "mais tu voudrais pas avoir des enfants quand même?" et à qui je meurre d'envie de répondre "si, beaucoup, mais pas toute seule, et il se trouve que je suis toute seule, donc...", ou ceux plus jeunes qui vous balancent "ah mais t'as presque le même âge que ma mère" ou encore "mais j'étais pas né moi quand y'avait ça à la télé!" alors que je parlais d'une série des années 90.  Veillir à peut être des avantages, mais c'est quand même un phénomène étrange à vivre. Etrange et inquiétant, quand on ne veillit pas comme on l'aurait pensé, comme on l'aurait voulu. Je n'ai aucun point commun avec les femmes de mon âge, qui parlent principalement de leur vie de famille - et je les comprends- quand moi je n'en ai pas, ou si, je m'occupe de mes parents vieillissant et malades. C'est pas la même perspective.

En fait c'est ce qu'il me manque, des perspectives positives. Rien en vue. Je n'ai rien en vue. Dumoins rien de réjouissant, rien qui soit de l'oxygène, du soleil. Rien qui porte. Autour de moi c'est mariage, premier bébé, voyage au bout du monde, deuxième bébé, rénovation maison, vacances en famille, déménagement... Pendant que moi je survis. Je survis juste. Et quelque part je trouve ça déjà tellement incroyable d'arriver à être là, encore, d'être quelqu'un de bien, qui ne nuit à personne, qui se prend en charge, qui est utile dans cette société et qui la plupart du temps n'est pas si malheureux. Je mets toute mon énergie là dedans, dans ce strict essentiel qui me demande tellement d'effort, que c'est presque comme une victoire. Presque. Parce que c'est si petit.

Que des fois je me dis que moi aussi je voudrais avoir le bonheur d'une perspective heureuse, quelque chose qui vous fait respirer à plein poumons.
Quelque chose qui porte.
Qui me porte. Qui m'emporte.

En attendant je survis à ma vie. De toutes mes forces.

Posté par Eddie à 02:14 - - Commentaires [2] - Permalien [#]