28.07.15

Nouvelle donne

Catégorie: Etats d'âme

Combien de temps faut-il pour sortir la tête de l'eau? Sortir d'un deuil, d'une dépression, sortir d'un tournant de la vie qu'on a mal négocié et qui a fini dans le décor? De toutes ces choses qui se sont enchaînées, déchaînées, et qui m'ont enfoncée, défoncée, et laissée là, comme morte à l'intérieur, piétinée, agarde et désespérée?

Des heures, des jours, des semaines, des mois, et finalement des années. Presque 3 ans quand j'y pense. Mais ce n'est pas ce qui me choque en premier, quand j'y pense. Je suis surtout estomaquée d'en être revenue. Tout simplement. D'avoir retrouvée une intégrité physique et mentale, un équilibre, un chemin à suivre. Je ne sais pas si c'est de la résilience, ou du miracle. Mais me revoilà, encore en selle, de nouveau capable de sourire, d'espérer, d'avancer. Fière de moi, même si tout n'est pas parfait. Fière d'en être arrivée là, même si je ne comprends pas vraiment comment j'ai pu y parvenir, comment je n'ai pas simplement couler au fond. Bien sûr il y a eu le temps qui passe, efficace... Bien sûr il y a eu les mains tendues, l'amour d'une famille, les bonnes rencontres au bon moment pour venir bousculer la monotonie et allumer la lumière au bout du tunnel... Mais même avec tout ça, je me demande encore comment j'ai fait pour m'y accrocher, pour saisir la chance, pour ne pas basculer définitivement de l'autre côté. Je ne me serai pas cru capable. Pas assez forte. Et pourtant...

Me revoilà, plus sereine que jamais. Plus vieille certainement. Et malgré toutes les inconnues qui se profilent sur mon chemin pour les mois et les années à venir, l'équation de ma vie a une nouvelle donnée qui me rassure un peu: je suis forte, bien plus forte que je ne le crois. Je vais garder ça en tête et continuer d'avancer.

Maintenant que je me souviens comment on fait.

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22.05.13

Ne jamais abandonner

Catégorie: Etats d'âme

Oui ces derniers temps je pensais écrire un peu ici mais finalement je n'y suis pas venue. C'est difficile pour moi de trouver le moment d'écrire. D'ailleurs je n'écris quasiment plus, nulle part. Mes carnets restent vierges, mes pages web aussi. Comme si quelque chose en moi refusait de se remettre ne marche, de reprendre son cours. J'ai peu d'inspiration, et je ne pense pas à écrire, comme je le faisais avant. Avant, j'avais tout de suite envie d'écrire les moindres petites aventures de ma vie, de raconter les petites choses du quotidien. Avant je passais des heures à écrire des nouvelles, et les quelques phrases de poèmes pouvaient surgir n'importe quand, que je couchais ça ou là sur des papiers divers. Avant. Avant quoi? Difficile à dire. Je n'arrive pas à identifier le moment où tout a commencé à se tarrir. Où j'ai perdu le fil de mes mots. Où je les ai mis en sourdine. Tenus sous clé. C'est presque comme une respiration que je retiens, je crois. Sans vraiment savoir pourquoi. Sans vraiment avoir envie de chercher à comprendre.

Reste que je ne désespère pas de reprendre mon souffle. Je multiplie les tentatives, les essais. Ici bien sûr, et ailleurs. Et les commentaires laissés par vous sur ce blog sont comme autant de piqûres de rappel.

Pour ça, merci. 

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31.10.11

Come back

Catégorie: Etats d'âme

Pas beaucoup de nouvelles ces derniers temps, comme depuis un moment d'ailleurs. Ce blog ne se meurt pas, c'est juste que je l'ai oublié, posé dans un coin, que j'ai pas du tout envie de le clôturer, que j'aimerai y venir plus souvent, mais j'ai pas le temps, je ne prends pas le temps, j'oublie de venir raconter, parfois j'ai juste pas envie. Etrangement, je n'écris plus ailleurs non plus, plus du tout, depuis un bon moment aussi.C'est comme si j'avais vérouillé quelque chose. Une partie de moi. Pour passer en pilote automatique. Mais je sens bien que ça ne va pas. Les quelques tentatives d'écriture que je fais sont laborieuses, manquant totalement d'inspiration et de vérité. Du coup j'abandonne aussitôt.

Il parait que quand c'est comme ça il faut se forcer un peu pour que ça revienne. J'aimerai bien que ça revienne. Je vais donc essayer. Rallumer un peu mon ordi. Ressortir aussi mes carnets. Reposter. Raconter. Je sais pas s'il y a encore quelqu'un pour me lire.

J'espère.

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07.08.11

Moi, la mort, et une chauve-souris

Catégorie: Etats d'âme

Depuis l'autre soir où j'ai eu la peur de ma vie à cause de deux blaireaux qui ont tenté de piquer ma boîte aux lettres -ils l'ont bien bousillée soit dit en passant hein - mon syndrôme de la chauve-souris s'est réveillé. Pour ceux qui connaissent pas le syndrôme de la chauve-souris, il faut avoir vu le sketche de Bigard pour comprendre. Cliquez ici pour un cours de rattrapage.

Pour ceux qui supportent pas Bigard - et pour ceux qui auraient rien compris au sketche - en gros, le syndrôme de la chauve-souris c'est d'imaginer le pire à partir d'une broutille, et quand vous le tenez, et bien vous le grossissez puissance 10 mille en greffant dessus des évènements strictements impossibles dans la vraie vie, si possible en chaîne, chaque nouvel évènement étant plus gros que le précédant.

Donc j'en suis là. Pas à cause de cette tentative maladroite de vol de boîte aux lettres, non. C'est juste un déclencheur, un raviveur de plein d'autres choses. Je suis d'une nature inquiète à la base, là je vire parano. Je me retrouve à frôler l'insomnie, incapable que je suis d'aller me coucher avant 3 heures du mat. Et je dors le jour, comme s'il ne pouvait rien se passer le jour. Heureusement, je sens que tout se tasse doucement, c'est un peu comme de la boue qu'on aurait remuée. Avec le temps, les mauvaises sensations se dispersent plus ou moins. Mais cette histoire m'a fait réaliser une chose: ce que je prenais pour de l'eau claire ne l'est pas. Il y a de la boue en dessous. De la boue qu'un rien peut soulever. Et en un rien de temps, l'eau se transforme en fange, en cloaque. 

Ligne de faille. Que je surveille.

J'essaie de prendre du recul, de faire la part des choses entre ce qui est légitime, et ce qui est déraisonnable. C'est le syndrôme de la chauve souris. Si je m'écoute, si j'écoute la peur et la fatigue, je trépigne tellement sur place que la boue ne disparaitra jamais. Si j'arrive à positiver, à être non pas réaliste mais raisonnable, j'arrête de m'agiter dans tous les sens comme une folle, et l'eau redeviendra claire.

Difficile du reste, quand la mort est là. Difficile de rester de marbre quand elle a pris place et se rappelle à vous régulièrement. Quand je ne regarde pas dans sa direction, j'oublie qu'on est assise sur le même banc. Mais ça ne dure jamais longtemps. Je finis toujours par tourner la tête à un moment de la journée ou un autre et elle est là.

Elle ne partira jamais. C'est ainsi. Elle est là. Quand on passe derrière le rideau, même une fois, une seule fois, c'est fini. On peut revenir se rasseoir dans la salle, on sait comme c'est derrière. Avec la mort c'est pareil. Quand elle s'est fait connaître, après elle est là, tranquille, impassible. Une fois qu'elle s'est assise sur votre banc, elle y restera, jusqu'au bout. Essayer de l'effacer est vain, l'ignorer impossible. J'ai essayé. Et c'est pour ça que je danse la polka dans la boue aujourd'hui. Parce qu'elle vous revient un jour, comme ça, elle vous reprend au corps et à l'âme, elle fait tout remonter, sans que vous ayez le temps de respirer.

Le seul moyen de faire, c'est de l'accepter. De vivre avec. Vous imaginez? Comment peut-on vivre avec la mort? Comment peut-on bien vivre avec la mort?

Pour le moment, je la laisse à sa place, au bout du banc. Et entre nous deux est assise la chauve-souris.

Parce que finalement mon syndrôme de la chauve-souris, si impossible enchainement de tant d'improbables évènements, c'est encore la seule chose qui me permet de garder la mort à distance.

Comme si elle aussi était totalement improbable, pour le moment, encore.

Avant que je sois capable de faire autrement. 

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04.02.11

Bilan de fin de cycle

Catégorie: Etats d'âme

Quelques nouvelles, histoire de rassurer tous ceux d'entre vous qui ont posté de gentils commentaires de soutien après mon dernier passage, et les autres aussi, même s'ils sont restés silencieux!

Et bien je vais beaucoup mieux! Beaucoup, BEAUCOUP mieux. A vrai dire ça fait des mois que je ne m'étais pas sentie aussi bien. Ma reprise au boulot s'est bien passée, j'ai les idées tellement plus claires que forcément tout fonctionne mieux. Je suis fatiguée - parce que 23 monstres hypervitaminés à temps complets c'est un peu fatiguant quand même, même quand tout ce passe bien - mais c'est de la bonne fatigue, pas de la fatigue d'usure, de ras-le-bol, de dégoût blasé, de fond du trou. C'est juste de la fatigue de "jecourspartoutpourfairemesphotocopes etdireàmachindesetaire eteàtrucdes'asseoir etappelerlamamandebidulequivientdevomir etsortezvoscahierssansbavarder etonrentresanshurler s'ilvousplait attentionjedistribuelapeinture maisilfautpascolleravantlacorrection etpourquoitudonnesdescoupsdepiedsdanslebureaudedevant ouitupeuxallerchercherundictionnairemaispasceluiaveclespagesarrachées etsipapaveutmevoirilfautqu'ilprennerendez-vous maispaslundiparcequej'ailesoutien etj'avaispasdisdecliquersurcedossier vousn'écoutezpasjerecommence etpourquoilaphtocopieusemarcheplus?"...

Bref, je crois qu'on a bien compris pourquoi je suis quand même un peu fatiguée. N'empêche que j'arrive à tenir ma classe, qu'on avance, qu'on a repris nos projets, que de nouveau je vais bosser le matin avec plaisir, et que je débauche le soir avec plein de bonnes idées dans la tête. N'empêche que j'arrive de nouveau à garder ma maison rangée et propre - je vous raconte pas le dépotoir quasi-permanent que je traînais jusque là - que j'ai pu installer mon dressing - provisoirement - dans la couloir de l'étage, le temps que la pièce qui lui est normalement dévolue soit terminée, et que mon dressing, il en jette, j'adore. N'empêche que du coup, alors que je portais le même jean crade et les mêmes frippes moches depuis des semaines, j'ai retrouvé le plaisir de me pomponner tous les matins: fringues sympa, chaussures sympas, bijoux, parfum et maquillage, rien que ça! N'empêche que la nuit je dors bien, sans me réveiller toutes les heures - normal j'ai trouvé le petit cachet qui aide bien, rien de méchant, un truc pour les gosses qui marche formidablement bien sur moi. N'empêche que je me suis décidée à acheter une tuture. Ca va serrer mon budget, mais je serai plus rassurée, et puis au final ça serrera pas tant que ça parce que celle que je conduis, c'est un veau qui consomme à mort, alors l'un dans l'autre... N'empêche que j'ai enfin pu installer mon nouvel aquarium et que mes deux bubulles... ben ils bullent! N'empêche que j'ai enfin réussi à dire que je ne mangeais plus à la cantine et du coup je peux me poser tranquille 10 minutes tous les midis pour lire cosmo - 10 vraies minutes de pause - et mangeant ma salade. N'empêche que mon Pôpa qui pête le feu va repprendre son travail et tout refaire dans la maison! N'empêche que j'ai réussi à faire face aux méchantes dépenses imprévues - bois de chauffage en plus et Touille malade - sans trop de mal, même si Môman paye toujours quelques trucs par-ci par-là. N'empêche que j'ai trouvé un super carnet pour noter les idées de mon roman, toujours le même, que j'ai enfin repris. 

N'empêche que demain je fêterai mes 31 ans, et que tout baigne.

Ouf.

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17.10.10

Comme un chat

Catégorie: Etats d'âme

Cette semaine j'ai littéralement implosée. Craquage nerveux en deux temps: d'abord incappable d'aller bosser lundi, prise d'énormes crampes à l'estomac qui m'empêchaient carrément de marcher, et puis mardi, un peu plus de courage, traître, car si j'ai passé la journée à l'école je l'ai aussi passée à pleurer à chaque pose, faisant ensuite classe cachée derrière mes lunettes de soleil.

Un peu trop de travail, un peu trop de changement, pas assez de sommeil, un peu malade, un peu l'automne. Les impôts, les cordons de la bourse à resserrer. La voiture qui lâche, Touille qui a son deuxième oeil abîmé qui ne cicatrise pas. Les collègues pas cool, les travaux en plan. Un peu de tout quoi.

Du coup, j'ai craqué, bien comme il faut. Faisant paniquer mon entourage faut bien le dire. Et puis comme un orage, tout est passé d'un coup. Parfois craquer un bon coup fait plus de bien que n'importe quel arrêt de travail ou n'importe quel remède zen. J'ai touché le fond pour remonter aussi sec, et finir la semaine de très bonne humeur!

Bon, heureusement que les vacances sont dans une semaine parce qu'il y a un paquet de trucs qu'il va falloir que je remette dans l'ordre, mais au final je m'en sors bien. Comme souvent. Sans même comprendre comment je fais mon compte...

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15.12.09

Pas d'ici

Catégorie: Etats d'âme

Etre une abstraction du monde, à côté, en dehors. Ne pas le comprendre. Faire le caméléon. Avancer comme ça, en mutant, en se fondant, en reproduisant ce que j'ai observé, ce qui semble se faire, ce qui semble passer. Sans comprendre, juste copier, par instinct de survie. Ne pas communiquer vraiment, ne pas respirer non plus, se cacher, se travestir, observer et reproduire. Dans l'inquiétude de ce qui n'a pas de sens, de ce qu'on fait machinalement, l'oeil rivé sur le modèle, pour s'y conformer, en priant que personne ne se rende compte qu'on est incapable, qu'on est vide, sans besoins, qu'on ne parle pas cette langue, qu'on ne connait rien à la vie.

Etre une abstraction du monde, à un point d'en devenir un non sens. A un point que je ne suis pas vraiment là. Que ce que je fais, je le fais en copiant, parce qu'il semblerait que ce soit la norme, que ce soit ce qui remplit le temps des hommes, qui occupent leurs vies, ce qui se fait. Je fais tout ça sans comprendre, sans m'y amuser, sans m'y intéresser, car rien ne m'intéresse et je n'ai besoin de rien. Tout semble vide de sens pour moi. Alors je singe. Tant que je peux. Jusqu'à un certain point. Car tout ne se singe pas. Le reste, je l'omets, je le cache. Je ne mens pas. Je passe sous silence.

Etre une abstraction du monde. Ne jamais en faire partie, seulement le regarder. Même si de toutes mes forces je voudrais en être, ne pas avoir le code. Et être exclu, simplement. Sans que ce soit le faute de personne ni de rien. Juste ne pas avoir le code. Et rester là à regarder, observer, reproduire. Survivre. Sans comprendre.

Sans savoir ce qu'il faudrait ressentir.

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28.06.09

Le grand bleu

Catégorie: Etats d'âme

Décompression enclenchée.

Certes il reste 3 jours de classe, mais franchement, c'est de l'anecdote. Mon petit corps lui n'a pas attendu la date officielle des vacances, il a d'ors et déjà désactivé tous les systèmes et entame un processus de réparation intense. Je vais lentement m'enfoncer dans un mode "autiste" pour les deux mois à venir, avec un soulagement profond.

Moi qui toute l'année fait des efforts énormes pour supporter les autres, j'ai l'avantage de faire un métier où je peux régulièrement me couper du monde, avec en point d"orgues ces vacances d'été qui me permettent une vraie plongée en eaux profondes. Excatement ce dont j'ai besoin pour recharger mes batteries. Je peux alors reprendre un rythme qui m'est propre, et me retrouver avec moi même, libérée.

Encore une petite semaine d'efforts, et je pourrais définitivement entamer la descente.

Je laisse les ballasts se remplir lentement.

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04.03.09

Embarquement

Catégorie: Etats d'âme

Il est de retour. Et c'est une claque. Il est de retour et il me cueille au passage. Je pensais l'avoir perdu, l'avoir laissé là, au bord du quai, hagard, les yeux dans le vague. Comme s'il avait perdu la tête, définitivement.

Parce que ces derniers propos me faisaient peur, me mettaient mal à l'aise. Il avait l'air fou, et ridicule. Perdu aussi. Je ne le trouvais plus drôle, et surtout pas rassurant. Je l'avais connu flamboyant, conquérant, je l'avais connu en grands habits, maître d'un fier vaisseau, plein de verve et vaillament secondé. Je l'avais laissé délirant, diminué, son costume mité, râpé, ses gestes risibles, errant sur le pont d'un navire délabré, petit, raillé par un second désabusé le méprisant. Sans comprendre ce qui s'était passé entre les deux. Sans comprendre où je l'avais perdu. Finalement, de moi-même, j'étais descendue du bateau, dans un port, sans même réaliser que je n'allais pas y remonter, que mon escale était définitive. Que je le laissais, pour de bon. Et quand je me retournais, pour voir ce qu'il devenait, lui, je le trouvais assis dans le brouillard, bredouille, au bord d'un quai vide, sans navire, seul, grotesque et pathétique. Et je m'y étais presque faite.

Mais il est de retour. Encore une fois, sans que je comprenne pourquoi, ni comment, il a changé. D'une autre façon. Incroyable. C'est comme s'il m'avait prise par le bras, et le temps que je me retourne, je me suis retrouvée à bord d'un vaisseau, d'un gigantesque vaisseau. Je n'en ai jamais vu de pareil. Jamais. Un vaisseau immense, un pont tellement verni qu'on dirait un miroir, et de larges voiles blanches claquant furieusement, des cordages tendus comme sur un violon, une proue offerte à l'horizon, jusqu'à le toucher presque. Un immense vaisseau fendant l'océan avec force et vaillance, convaincu, conquérant. Et un équipage, un grand équipage, tellement nombreux que je ne saurais dire combien. Un équipage affûté, qui s'affaire, réglé comme une musique, qui se glisse, se faufile, s'arque et s'arrache, tenant la course du navire entre ses mains, comme un seul homme. Mais l'homme, c'est lui. Sans que je comprenne pourquoi ni comment, il a changé de costume. Il porte grand apparât, long manteau et larges épaules. Ses gants noirs tiennent la barre, fermement. Il est planté là, en maître, sans discussion. D'ailleurs il ne dit plus rien. Silence. Il a une mâchoire de chrome, et les yeux rivés sur l'horizon. Comme s'il était à lui. Comme s'il allait dévorer le monde entier avec. Il fixe cet horizon comme si c'était une partie de son être, tout simplement. Son dû. Et moi je reste là, pendue à son bras, à fixer cet horizon avec lui. Avec toute sa force pour me relever. Sans comprendre, je me retrouve là, toute petite, pendue à son bras, avec son corps pour me couper le vent froid, avec son regard sans détour, si évident. Avec sa présence, de nouveau. Comme jamais.

Et quand je le remercie pour ce nouveau voyage, clignant encore des yeux devant tant de majesté, il ne dit rien. Il ne dit plus rien. Il me gratifie d'un rire profond, chaud, et souverain.

Je vous salue bien bas, monsieur le Capitaine.

Comme vous m'avez manqué.   

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08.02.09

Autisme

Catégorie: Etats d'âme

Besoin de vacances, de vraies vacances. Turbulences en cascades ces dernières semaines, j'enchaine les trous d'air malgré les bonnes nouvelles. La fatigue a tendance à tout balayer sur son passage pour ne laisser que du ras le bol, du marasme, une forme de renoncement, un sentiment de lasssitude et d'injustice. Je patauge pas mal, sans savoir trop où j'en suis. Perturbation de l'identité, tentative de recollement. Mais ma tête réfléchit à tellement de choses en même temps qu'à force elle n'est même plus sûre de vraiment réfléchir. Sentiment d'enfermement récalcitrant à toute forme de raisonnement, parfois je me sens aussi prisonnière de ma vie et de mon corps que quand j'étais ado. Sans fin. C'est un débat sans fin. Sans cesse se référer à la norme, histoire de savoir où on en est, et constater toujours une différence inquiétante, coupable, inéluctable. Sentiment d'impuissance submersif, qui remplit et qui noie. Se sentir vivant en dessous, mais pas assez pour respirer. Pour hurler. Endosser à contre coeur les costumes colorés et faire semblant, puisque je le fais si bien, même si je ne comprends pas les sentiments que je mime, même si je ne comprends rien de ces communications incessantes qui relient les gens. Moi qui préfèrent les regarder de loin. Parler, jouer, comme j'ai appris, comme il faut. Puisqu'il faut. Mécanique sans âme, sans coeur, juste pour se faire oublier, passer sans déplaire, sans contraindre, sans exister vraiment. Et attendre, encore attendre, comme s'il pouvait y avoir autre chose, comme s'il y allait y avoir autre chose. Attendre, sans aucune preuve, sans aucune raison, attendre, comme si je n'étais pas d'ici, comme si tout était déjà clos. Incapable que je suis d'être autrement. Que moi.

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