Histoires de boulot...
17.08.15

Répétition générale

Catégorie: Au Boulot!

Voilà, c'est parti pour une 10ième préparation de rentrée! 15 jours. 15 petits jours pour réfléchir, planifier, organiser une année, c'est totalement illusoire mais à chaque fois on espère! Je suis donc parti pour des paufinage d'emploi du temps - qui s'averera bien sûr intenable tel quel, pour des découpages et planifications de compétences - tout aussi intenables évidemment, des élaborations de projets divers - absolument et imparablement chronophages dans une année scolaire, des plastifications d'étiquettes, des affichages, des nouveaux jeux dont il faut comprendre la règle, des nouveaux albums et ceux qui sont incontournables, des nouveaux prénoms, des nouvelles bouilles...

Je suis très enthousiaste pour cette rentrée, et je m'étonne moi-même. Car en fait l'année dernière a été exceptionnellementgéniale. Attention, je n'ai pas basculer dans le monde des bisounours hein! Ce fut une année avec nombres de difficultés à surmonter, certains élèves m'ont demandé beaucoup de patience, beaucoup de remise en question, beaucoup de réfléxion aussi, pour les accompagner au mieux; certaines familles ont été particulièrement difficiles et j'ai du enfiler ma casquette de psy-assistante sociale plus d'une fois; une de mes collègues a été un poid mort à se traîner toute l'année, j'ai piqué de belles crises de nerf et pleurer un bon nombre de fois. Malgrès tout cela, j'ai eu le bonheur d'avoir une classe enthousiaste, des petits loulous motivés et à fond dans nos divers projets, j'ai eu le bonheur de voir les progrès, les situations qui se dénouent, des confiances qui se tissent, qui redonnent envie après tant d'efforts. J'ai aussi eu le bonheur de travailler avec une collègue, que je connaissais depuis 3 ans mais qui s'est un peu plus révélée vu qu'on s'est un peu retrouvé toutes les deux à tout mener de front - rapport au poid mort qui en a fait un minimum. Mais ce poid mort aussi a eu son rôle dans mon changement d'attitude face à mon travail. Parce qu'en voyant cette collègue fatiguée, traînant avec elle ses trente ans de carrière comme un trophée brûlé auquel personne ne prête plus d'importance, brisée par sa propre vie, figée quelque part où personne ne peut plus l'atteindre, j'ai trouvé ça triste. Je ne veux pas être ce genre d'instit. Je fais un métier dur, mais c'est un peu comme si j'avais passé le mur du feu. Derrière, tout va bien. Une fois qu'on a compris qu'on ne peut pas tout, qu'il faut se protéger aussi pour continuer à aider ses élèves, qu'il faut hurler beaucoup pour avoir juste un petite peu d'aide et si elle ne vient pas on n'est pas coupable. Faire ce qu'on peut, aussi bien qu'on peut. Une fois qu'on a compris ça, tout va mieux. Je dis pas que ça ne reste pas très fatiguant et tout à fait déprimant, je dis juste qu'on arrive à vivre avec.

Bref, revenons-en à nos moutons. J'ai donc passé une année magnifique, et je sais déjà que l'année qui arrive sera différente. Moins belle, forcément. Ralala vous allez me dire, elle reprend ses vieilles habitudes pessismites! Pas tout à fait non, juste réaliste. Car la configuration idéale n'est plus: ma collègue avec qui je formais un vrai tandem a changé d'école, et j'aurais deux nouvelles collègues, deux petites débutantes pour cette nouvelle rentrée. C'est déjà un gros moins dans la paysage, car cette collègue était un vrai soleil, d'un positivisme et d'une énergie à toute épreuve, et avec le temps on se comprenait à demi-mot, elle va beaucoup me manquer. Le deuxième gros moins c'est que je perds aussi mon atsem qui vient de m'accompagner pendant 3 ans. C'était une perle. Avec moi, avec les enfants, et pas seulement dans le boulot, c'était juste une personne adorable avec qui j'avais beaucoup d'affinités. Un crève-coeur de la voir partir. Mais voilà, elle n'était que remplaçante, et l'atsem attritrée reprend son poste à la rentrée. Atsem attitrée avec qui je n'ai aucun atome crochu, je ne m'entends pas avec elle, tout simplement. Donc bye bye climat détendu et sympa au sein de ma classe et j'ai vraiment de grosses interrogation sur la faon dont va se passer notre collaboration... Le troisième gros moins, c'est que je vais de nouveau être directrice. Et oui, qui dit "petites collègues débutantes" dit "direction pour la vieille". Ce n'est pas à contre-coeur, j'étais volontaire mais si quelqu'un de capable avait pu l'assumer à ma place, j'aurai pas dit non. Je vais donc devoir me taper les réunions et les stages de direction... moi qui suis devenu totalement phobique des groupes restreints, c'est génial...

Tout ça pour dire que je devrais être morte de peur à l'idée d'affronter tout ça. Mais pas du tout. Je ne mentirai pas, ça me trotte dans la tête, la preuve je viens en parler ici. Mais je ne suis pas en panique, je suis même assez enthousiaste de voir ce que tout ça va donner, et donc je m'étonne moi-même.

Bon, il y a de fortes chances pour que dans quelques semaines, je vienne écrire ici même que j'ai juste envie de me flinguer tellement ça me soûle... parce qu'on ne change jamais vraiment paraît-il.

N'empêche que ça sera ma dixième rentrée, et que c'est la première fois que je suis aussi enthousiaste que pour ma toute première rentrée.
Le trac en moins.

Et c'est très agréable!

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25.03.14

Enragée

Catégorie: Au Boulot!

Je suis encore en arrêt maladie. Pas longtemps. Juste 3 jours. Pour reprendre de l'air. Je n'ai pas vraiment le choix mais je me sens minable de faire ça. C'est une fuite. Carrément. Ca ne résoud rien. Malheureusement. Et j'enrage d'en être arrivée là. C'est juste pour ne pas craquer, ne pas imploser en vol. Comme sortir la tête de l'eau pour reprendre de l'air avant de replonger pour les 2 semaines qui restent avant les prochaines vacances. Depuis 2 ans de toute façon, je ne vis plus que de vacances en vacances, je compte chaque semaine, chaque weekend, et j'attends la fin de l'année scolaire comme une délivrance. C'est épuisant. Désespérant. Encore plus quand on sait qu'ensuite il faudra replonger pour une nouvelle année.
10 ans de métier. Je n'ai que 10 ans de métier. Quand j'y pense je me demande comment j'ai pu devenir si vite l'ombre de ces profs que je croisais lorsque j'étais encore prof stagiaire et qui me faisait horreur. Des profs ciniques, désabusés, encore professionnels mais plus tout à fait concernés, parfois assez expéditifs, attentifs avec les élèves mais blasés de tout le reste... et parfois même blasés des élèves. Est-ce que je vais en arriver là, à force? Aujourd'hui je me sens en colère et dégoûtée par tous ce qu'il m'a fallu traverser comme absurdités, tout ce à quoi j'ai pu assister, participer comme mascarades. Mais est-ce que je vais en arriver là, à force?  A m'en foutre de tout? Même du petit M. et du petit E. qui ne savent toujours pas lire et pour lesquels je prépare tous les jours un travail adapté? Même de la petite D. qui me dit qu'elle ne mange rien quand elle rentre chez elle le midi? Du petit G. autiste sur les bords et qui teste ma patience à longueur de journée? De la petite N. angoissée par son hystérique de mère qui la menace de la changer d'école au moindre faux pas et que j'essaye de rassuer tous les jours comme je peux? Du petit L. qui en cette fin de CP n'arrive toujours pas à écrire le moindre mot correctement, même pas son prénom... De tous ces enfants pour lesquels je me décarcasse tous les jours et qui me hantent à longueur d'année, est-ce que je vais finir par m'en foutre un jour, comme ces profs affreux que j'ai tant méprisé autrefois?

Dans cette machine absurde qu'est l'éducation nationale, où quand je parle d'enfants en grandes difficultés, quand j'appelle à l'aide pour eux, on se contente de me répondre au mot près "qu'ils ne rentrent pas dans les statistques", où l'on m'explique que pour un élève qui ne sait absolument pas lire en fin de CP le redoublement n'est pas une solution, où l'on me propose des heures de formations sur le thème de "la littérature au CP" alors que moi je voudrais plutôt qu'on m'explique comment je peux gérer une simple séance de lecture alors que j'ai 2 élèves totalement non lecteur au milieu d'un groupe de lecteurs sacrément hétérogène  et qu'en plus je dois m'interrompre en plein milieu de la séance pour tester la glycémie d'un de mes élèves diabétique, où je voudrais que l'on m'entende quand je parle de cet autre élève au comportement si particulier et si dérangeant qui passe son temps à piquer des crises de nerfs et que je passe mon temps à calmer, laissant ses camarades en plan le temps qu'il faut... Dans cette machine absurde, qui pour arrêter le massacre, pour limiter la casse? Nous, profs, encore motivés, encore résistants, appelant à l'aide, appelant à voir, à prendre conscience!

Mais il n'y a personne au bout du fil. Et j'enrage. Vaguement les collègues, eux-même aux prises avec leurs propres classes totalement hallucinantes. Quelques discussions à la récré, pour se rendre compte que tout continue de se dégrader vitesse grand v et qu'on va droit dans le mur. J'en ai ras le cul - pardon pour l'expression mais c'est celle qui vient spontanément - de leur conneries d'en haut. Des soit-disant nouveaux programmes qui n'auront rien de bien nouveau, on le sait déjà. Des soit-disantes revalorisations de la profession qui n'existent tout simplement pas. Des soit-disant moyens supplémentaires... ah bon où ça? De tous leurs merveilleux concepts et brillantes idées toujours plus loin du merdier de la réalité...

Et le merdier ça ronge. Ca ronge les profs, comme moi. Ca ronge surtout les gosses. C'est le plus insupportable. D'assiter impuissant au massacre, de voir que ce qui aurait pu faire la différence ne sera jamais accordé, jamais même considéré. De voir tous ces gamins qui pourraient avoir une chance si on les voyait vraiment, au lieu de voir des statistiques. De voir qu'on peut y mettre toutes nos tripes jour après jour pour au bout du compte se faire remettre à sa place par le système. Parce que y'a pas de place. Parce que y'a pas de temps. Parce que y'a pas d'argent. Parce qu'on vous rappelle pas. Parce que.

Dans ces cas là je me dis qu'heureusement qu'il y a de la rage, qu'heureusement que ça me révolte encore, de voir comment ça me détruit, de voir comment ça démonte des gosses, parce que même si elle me ronge elle aussi, au moins je me bats encore, comme une enragée, avec la force du désespoir.

Mais pour combien de temps?

Qu'est-ce qui vient après la rage?

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05.02.14

Quelle tristesse

Catégorie: Au Boulot!

Cette semaine je ne bosse pas, je suis en arrêt maladie. Encore. L'année dernière à la même époque j'avais déjà eu un blanc (grippe et dépression), cette année rebelote. Petite bronchite, grosse réaction allergique cutanée (ouais des gros boutons quoi avec une démangeaison atroce) à je-ne-sais-pas-encore-quoi-d'ailleurs et petite reprise de dépression. En général quand on commence à dire aux collègues - en étant tout à fait sérieuse - qu'on veut démissionner c'est pas bon signe. Mais c'est pas évident parce qu'en règle général, les gens dépressifs passent pour des gros fainéants qui s'écoutent trop. Quand on est fonctionnaire c'est encore pire. Et quand on est prof on bascule carrément dans l'acting et le foutage de gueule. Donc j'ai juste dit à mes collègues une partie de la vérité, à savoir que j'avais une bronchite et une grosse allergie, vu les réactions pas sympas de l'année dernière, j'ai retenu la leçon!

Reste que je le vis moyen. D'abord parce que j'ai juste l'impression que je serai jamais capable de rembaucher lundi prochain. Pas par flemme, juste par... par quoi je ne sais pas trop d'ailleurs. Juste que quand je pense à mon travail j'ai l'impression de me noyer et j'ai qu'une envie, c'est pleurer. Ensuite si je ne le vis pas bien c'est aussi que tout le monde me dit que j'ai un travail extra quand même, de quoi je me plains. Et je sais que c'est vrai, en partie. Donc j'ai bien intégré que je ne devrais pas me plaindre. Je fais quoi alors, je souffre en silence? Oui c'est ce que je faisais depuis quelques semaines. Et puis au bout d'un moment c'est plus supportable. La cocotte minute fume sérieusement...

Pourquoi je suis si mal dans ce boulot qui devrait être si super? Et qui l'était au départ! Mes collègues le vivent relativement mieux que moi d'ailleurs. A ma décharge, mes collègues n'ont même pas 2 ans d'expérience... quand moi je tape déjà les 10. Et j'ai souvent l'impression que ces 10 ans comptent le double! Forcément je suis usée. Usée par le système surtout quand j'y pense. J'essaie de trouver un équilibte, de retrouver la bonne façon d'envisager le métier, de faire mon métier, celle que j'avais au début, avant de ployer sous les contraintes et les craintes qu'on finit par accumuler à force de notes de service, de remarques des collègues, de coups bas de parents d'élèves, de surf sur les blogs de supers profs qui affichent des contenus parfaits, d'inspection stériles, de blablas de conseillers pédagogiques et de séances de formation hors de la réalité, de coups durs qu'on se galère tout seul dans sa classe... Usée d'avoir l'impression de brasser du vent, à gérer des activités péri-scolaires qui parasitent mon travail, les visites des gendarmes pour des délits mineurs, des parents qui confondent gamins surdoués et gosses mal élevés, et le reste, tout le reste... là où j'aimerais pouvoir me concentrer sur l'essentiel: mes élèves, leurs apprentissages, de façon simple et intelligente et pas juste dans cette course contre le temps où l'on essaie de faire rentrer au pied de biche dans leur petit cerveau tout un tas de compétences inappropriées voire inutiles, à coup de grands artifices et de dispositifs élaborés. Je ne me reconnais plus dans l'école d'aujourd'hui, cette pauvre école de la République, dans ce qu'on en a fait et qu'on continue à en faire. Je la trouve inhumaine et oppressante, envahissante, prétentieuse et innefficace.

Et je me dis que je devrais peut être tout simplement rentrer en résistance.

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08.07.13

Vacances!

Catégorie: Au Boulot!

Enfin en vacances! Bien méritées, malgré tout ce que peuvent penser les mauvaises langues qui n'ont jamais mis les pieds dans une classe. Et je vais bien avoir besoin de reprendre des force en vue de l'année prochaine car les nouvelles ne sont pas très bonnes...

Mon soucis principal, si on laisse de côté le fait qu'avec un effectif en hausse ma classe va ressembler à une boîte de sardine, que nous allons devoir bosser le mercredi matin et laisser nos classes dès 16h pour que les fameuses activités péri-éducatives puissent avoir lieu - mais quand vais-je donc avoir le temps de ranger ma classe? sans commentaire... - mon soucis principal reste le fait que je vais devoir intégrer une gamine "difficile" dans ma classe. Je dis "difficile" mais il semblerait que le terme "psychotique" conviendrait mieux. Différentes sources, son avs (auxiliaire de vie scolaire) en tête, m'ont confirmé que ça allait être très compliqué, puisque la gamine refuse de travailler - ok ça je pense que je peux gérer - mais surtout elle est violente avec les autres. Là ça risque d'être plus compliqué. Surtout que puisque j'ai déjà une atsem dans ma classe (car j'ai un niveau de maternelle) et bien nous serons donc trois adultes quasiment en permanence dans la classe. Ca peut paraître une chance, mais c'est aussi du travail puisque c'est à moi de cadrer et de coordonner ce petit monde. Bref, tout ceci s'annonce très sympa donc.

Côté collègues aussi, y'a du nouveau. J'attends de voir un peu pour me faire une idée. Une chose est sûre: pas de mecs dans la nouvelle équipe - et merde ça va manquer. Les collègues arrivantes ont l'air très jeunes, et très inexpérimentées. Comme d'hab. Je finis par en être blasée. 

Pour le boulot, je me suis fait une liste de 12 millions de trucs à faire. Des petites choses. Des jeux à fabriquer, des trucs à réparer, des préprartions et du matos à trier et classer. Un emploi du temps à revoir, forcément, avec de changement d'horaire. De nouveaux outils à élaborer, des albums et des projets à choisir. Ca fait beaucoup, mais c'est ma partie préférée. Au moins là j'ai l'impression de maîtriser quelque chose!

Demain je retourne sur les lieux du crime pour faire du rangement.

Mais sinon la bonne nouvelle c'est que je suis quand même en vacances!

 

 

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09.06.13

Métrèse jet' ador

Catégorie: Au Boulot!

Y'a un truc génial en fin d'année avec une classe de CP: c'est tous les petits mots glissés sur mon bureau au fil des journées par mes élèves.

Des petits papiers qui disent des choses simples, des "je t'adore maîtresse", des "j'aime bien la lecture", des "tu es jolie maîtresse", avec tous leurs orthographes fantaisistes qui fleurent bon l'enfance. 

Des petits mots qui viennent avec des grands sourires de fierté, avec des doigts appliqués, avec des bouts de langues pincés entre les lèvres, avec des lettres de toutes les couleurs.

Ils savent enfin écrire. Ecrire ce qu'ils pensent, ce qu'ils veulent dire. Ecrire tout seul.

C'est leur victoire de cette année.

C'est ma victoire de cette année.

 

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27.05.13

Des claques

Catégorie: Au Boulot!

Des fois y'a des claques qui se perdent...

Quand par exemple une mère d'élève vous balance d'un ton désagréable qu'elle veut un rendez-vous pour parler du redoublement qu'elle demande pour son fils et avec lequel vous n'êtes pas d'accord... alors qu'il a fallu plus d'un an et demi et jusqu'à la menace de prévenir un juge pour que son fils en grande difficulté et totalement myope ait enfin des lunettes. Et qu'accessoirement le gamin, totalement dysléxique, n'a toujours pas vu l'ombre d'un orthophoniste.

Mais à part ça il a juste besoin de redoubler. Après ça ira bien.

Ou pas.

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03.03.13

La mort dans l'âme

Catégorie: Au Boulot!

Cette année scolaire est loin d'être une partie de plaisir. Pire. C'est la permière année où je déteste mon métier, où il devient un boulet, un cauchemar même, où il m'obsède et me dévore, où je me demande régulièrement comment je pourrais fuir, reprendre des études, pour faire autre chose.

Tout a commencé l'été dernier. Après quelques années passée dans notre école, Chevaline a obtenu un poste à la gran-ville. Au premier abord, bonne nouvelle: je ne m'entendais pas particilièrement bien avec elle. Sauf que la collègue qui a obtenu son poste et qui a débarqué pour prendre sa place était une débutante. Depuis des année que je suis dans cette école, c'est toujours comme ça: ce sont toujours des débutants, homologués "première année d'enseignement", qui débarquent. Et ça ne me dérange pas vraiment. Sauf que ce coup-ci, c'est un peu la fourdre qui m'est tombée dessus. Car entre-temps, le ministre avait pondu sa lubie: pas d'enseignant débutant sur des classes de CP, ce sont les profs expérimentés qui doivent s'y coller. Ca tombait mal. La classe laissée par Chevaline était une classe de GS-CP. J'étais - et je suis toujours- la plus ancienne dans l'école, la plus expérimentée aussi. Tous les yeux braqués sur moi. De son côté, Sid a très vite adopté la posture "je disparais dans les motifs du papier peint" histoire qu'on n'émette pas l'idée qu'il pourrait s'y coller. A peine quelques jours de flottement. Au final y'a pas vraiment eu de discussion. C'était stérile. Et voilà que sans avoir rien demandé, bien au contraire, on me retire ma classe chérie - celle pour laquelle je bûche depuis plusieurs années déjà, pour laquelle j'ai construit des outils, pour laquelle j'ai du savoir faire et dont j'attendais les nouvelles têtes avec impatience car connus pour être des élèves adorables, alors que je venais de faire 2 ans avec de vrais terreurs. Autant dire que j'ai eu l'impression d'une énorme injustice, d'autant plus qu'au final la situation est totalement ubuesque si on prend en compte le fait que je n'ai jamais eu de classe de CP, même pas lorsque j'étais en formation et que donc je n'y connais absolument rien. Je suis donc tout à fait débutante. Tout ça pour ça. Bombe amorcée.

Me revoilà donc revenu des années en arrière, à bosser 14h par jour, jamais couchée avant 1h du matin, tellement je veux bien faire, tellement cette classe m'angoisse, tellement il faut tout penser depuis le début, le moindre outil, la moindre activité, la moindre façon de faire. Des années en arrière, j'avais tenu le rythme. Cette année, j'ai implosé. Parce qu'épuisée par mes 2 dernières années trop difficiles, parce qu'aucun soutien ni de l'institution ni des collègues, parce que toujours les mêmes parents désagréables qui vous cherche des noises, toujours les mêmes cas désespérés et désepérants d'élèves paumés, de familles en difficultés, de situations révoltantes qui vous mettent la tête en ébulition, toujours les mêmes circulaires assomantes, les mêmes décisions politiciennes qui remettent votre travail en vrac, qui rajoutent, et qui dégoutent, toujours les mêmes imprévus qu'on colmate, qu'on écope, qu'on encaisse... Et plus aucune envie, aucune niaque pour faire face, plus de certitudes, ni celle de bien faire, d'être compétent, ni celle d'être utile, ni même celle d'être à la bonne place. Juste une rancune, lancinante, une blessure, une trahison. Béante. A vif.

Malgré ça j'ai voulu m'accrocher, ne rien lâcher. J'ai continuer à bosser, plus, plus dur. J'ai eu tord. C'est le corps qui a lâché pour moi. J'aurais jamais cru, et si j'avais eu la moindre idée de ce qui aller me tomber dessus, j'aurais levé le pied beaucoup, beaucoup plus tôt. Finalement, c'est contrainte et forcée que j'ai du m'arrêter. 

Plusieurs semaines d'arrêt de travail. Des cachets pour dormir. Des cachets pour ne pas pleurer. Des cachets pour ne pas trop réfléchir. Réaliser que je suis dans un tunnel depuis plus lontemps que je ne croyais, que je descendais tranquillement aux enfers sans vraiment m'en rendre compte. En souffrant beaucoup, profondement, et dans ma chair et dans mon esprit, silencieusement, incidieusement. Réaliser aussi que ce qu'on croyait être une vocation ne l'est plus, que ce que j'avais errigé comme ma raison de vivre n'était qu'un leurre. Que je m'étais trompée, et que j'allais devoir tout repenser, tout simplement pour pouvoir continuer, pour pouvoir revivre.

Me voilà donc aujourd'hui en reconstruction. J'ai repris ma classe depuis quelques semaines, et c'est plutôt encourageant. Je n'y suis pas complètement à l'aise, elle me cause encore beaucoup de soucis mais je relativise. J'ai même eu le "bonheur" d'être inspectée ces derniers jours. Encore un truc qui me pendait au nez depuis deux ans et qui a fini par me tomber dessus. Un truc qui s'est pas vraiment bien passé d'ailleurs -faudra que je dise un mot là dessus- mais au point où j'en suis rendu aujourd'hui ça n'a que peu d'importance à mes yeux. J'ai pris mes distances. Avec l'entièreté du métier. Je travaille moins, je place des limites. Je reste stoïque devant les éclats de la hiérarchie. Je suis un peu plus distante, et avec les collègues et avec les familles et avec les élèves. Moins concernée, moins engagée. Je me protège. Et ça marche. Je commence à voir le bout du tunnel, doucement. C'est fragile, c'est loin d'être gagné, mais c'est déjà bien.

Je me cherche d'autres intérêts. Je réalise que je ne sais pas quoi faire quand j'ai du temps libre. La première chose qui me vient à l'idée c'est toujours des corrections, des préparations, des choses pour l'école. Et quand je les écartes pour leur préférer le jardinage, le scrapbooking ou la lecture j'ai encore parfois le sentiment d'être la plus mauvaise des maîtresses, une fainéante, indigne... heureusement j'apprends à effacer ce sentiment affreux, à lui répondre que je ne peux pas vivre que pour ce travail, en esclavage. J'apprends à m'autoriser à nouveau des loisirs, des bonheurs simples, une vie normale quoi. Une vie changée pourtant.

Et je soigne lentement cette blessure de ne finalement pas être cette incroyable maîtresse, inspirée et habitée. Respectée.

Celle que je fus à mes débuts et qu'ils ont tuée.

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03.03.12

En apnée

Catégorie: Au Boulot!

Après des vacances formidables, la rentrée se profile à l'horizon.

Pas envie du tout d'y aller.

Une tonne de trucs que j'avais prévu de régler pendant ces vacances et qui comme d'habitude n'ont pas été fait me lorgnent du coin de mon bureau. Je vais encore passer des midis sans manger... à corriger, à taper, à ranger, à compléter, à refaire, à répondre, à compter, à envoyer, à prérarer, à photocopier, à reprendre, à découper, à blancoter, et encore à corriger...

Des midis et puis toutes les soirées aussi. Avec en plus les réunions en pagaille, les projets qui n'en finissent pas de finir, tout ce qui prend plus de temps que prévu, ce qui n'était pas du tout prévu, ce qui était prévu et qui rate, des travaux en attente et dans le cour et dans la classe, une inspection en suspens, et les rendez-vous blabla peu concluant avec des parents trop protecteurs/inquiets/tyraniques/incompétents/intolérants/suspicieux/troptrop...

Vivre un peu comme un zombie, parce que je n'arrive pas à faire autrement tellement ce boulot prend de la place dans ma vie et mange toute l'énergie que je peux avoir. Parce que je veux bien faire, parce que je veux faire meux, parce que c'est important souvent, parce que c'est débile parfois. Parce que je réfléchis les choses dans tous les sens, non stop. Les vacances sont à chaque fois comme une bulle d'oxygène. Qu'il faut bien quitter à un moment.

Pas envie du tout quoi.

Je vais repartir pour 6 semaines en apnée.

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01.11.11

Le premier jour du reste de ta carrière

Catégorie: Au Boulot!

Demain je bosse. C'est la rentrée. Ouais un mercredi ouais. Pour rattraper le pont de l'ascension en mai. Ouais en mai ça sera cool. Mais pas là. Là je bosse demain. C'est pas cool du tout.

J'ai l'impression que la terre va s'ouvrir sous mes pieds. C'est toujours pareil à chaque rentrée. Après je me souviens qu'en fait je sais faire ce métier, assez bien même.

Mais là j'ai juste l'impression que j'ai jamais eu de classe, ni d'élèves, que je ne connais pas cette espèce et que je ne parle pas leur langue, et encore moins celle de l'inspection. L'impression que je saurai pas faire mes séquence de littérature, ou que je ne vois pas comment je vais me dépatouiller de ma progression en résolution de problèmes.

Faut juste que je passe pas en mode panique et que je me dise que quand même "eh, t'es maîtresse depuis six ans quoi!"...

Sauf que c'est incroyable mais là tout de suite j'y crois pas.

Et demain c'est mon énième premier jour.

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25.11.10

Saturation

Catégorie: Au Boulot!

Peu de nouvelles en ce moment, car il n'y a pas grand chose à dire, si ce n'est que c'est pas folichon.

Le boulot me prend la tête, mes collègues sont respectivement mou et psycho-rigide, sur les dents à cause de leur double inspection qui se profile pour décembre, mes élèves eux me sortent par les yeux, ras le bol de rabacher les même trucs à longueur de journée pour si peu de résultats, d'ouvrir les mêmes portes et les même livres, de voir les même parents qui font les même promesses qui ne sont jamais tenues, tout ça me sature la tête bien comme il faut. Je rentre tard le soir, du coup j'étire mes soirées pour avoir l'impression d'avoir quand même une vie et pas d'être totalement dédiée à ce rouleau compresseur qu'est l'Education Nationale - ceux qui pensent qu'être prof c'est la meilleure planque, sans rire, ils ont aucune idée du merdier général - et forcément donc je me couche tard, trop tard, et le matin je me lève claquée, ce qui n'aide pas à supporter le merdier ambiant. Et quand je rentre j'ai qu'une envie c'est oublier, profiter un peu, faire autre chose, malgré mes bonnes résolutions du matin où les yeux collés de sommeil je prometais "putain ce soir je me couche tôt hein" et ben j'étire mes soirée à n'en plus finir... cercle vicieux.

Je suis donc parfaitement claquée, saturée, dégoûtée, démotivée, et le pire c'est que tout ça a fait tâche d'huile et c'est répendu dans tous les recoins de ma vie. Je me retrouve à patauger bien comme il faut, sans but, l'impression d'être piégée, trappée, comme un petit animal sans défense. Si j'avais la possibilité, je crois que je changerai de job à la fin de l'année tellement je trouve dégueulasse tout ce qui est mis en place au forceps. Malheureusement, aucune autre possibilité ne s'offre à moi - possibilité intéressante s'entend - si ce n'est celle peut être d'envisager de partir de cette école, puisque j'ai l'impression qu'elle se referme sur moi, et voir ailleurs si je ne retrouve pas un peu de cet idéal perdu. C'est une drôle de décision que je n'avais vraiment pas l'intention ni l'idée de prendre avant longtemps, et qui s'est fait jour d'un coup, comme un bouchon émergeant de la flotte. A réfléchir... Je ne veux rien faire d'inconsidéré, sur un coup de tête ou un caprice que je pourrais ensuite regretter. Mais l'idée est là, et bien là.

En attendant je me retrouve à essayer de résister tant bien que mal au laisser aller, au m'en foutisme que m'inspire toutes les exigences intenables qui s'alignent les unes après les autres. J'essaie de continuer à tenir les choses, un minimum, de faire des trucs bien, pour mes élèves, même si le coeur n'y est plus du tout. J'essaie de me préserver pour pas complètement fumer un plomb. Je fais tout ça mécaniquement, avec un minimum d'implication, de temps, et aucune envie. Ce qui me pèse d'autant plus.

C'est même pas que j'y crois plus, c'est juste que je m'en fous.

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