Catégorie: Poésie

Si je n'ai jamais su, l'ami
La couleur des pierres qui brûlent
Et encore
Le suintement brillant
Des plaies qu'on ironise
Si je n'ai jamais su, l'ami
Ni le vent qui tournait pour mieux vous étrangler
Ni l'obole
Tombant des mains sereines et rouges
Et encore
Le cliquetis insolent des nuages
Qu'on arrache
Dans la bouche des vendeurs de remords
Et de sorts
Si je n'ai jamais su, l'ami
Comment les quais se joignent
Quand le moment vient
Comment on transperse
La vase des marées
Et les marées des hommes
Et encore
La lente réserve qui descend
Et qui saigne
Si je n'ai jamais su, l'ami
Les pas le long des âmes
Et les portes que l'on enterre
Et encore
Ce que crachent nos ongles
Et le silence dru
Le plomb avant l'aurore
Si je n'ai jamais su, l'ami
Ni les langues, ni les coeurs
Et encore
Pas plus les vagues, ou l'occident
Un balancement plat
Une fin
Si je n'ai jamais su, l'ami
Trahir ceci
Et encore
Venir
C'est qu'ailleurs déjà tout recommence.

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                                                                                       Monument de Paul Moreau Vauthier