Catégorie: Etats d'âme

Non je ne suis pas triste. Non je ne suis pas dépressive, non non, je vous rassure tout va très bien. Pour une raison que je ne saisis pas forcément bien, les gens autour de moi en ce moment m'imaginent triste, me trouve des idées noires. Aïe. Moi je ne me sens pas plus triste que la normale, pas plus acide ni ironique que ça. Je me sens même bien.

Sauf qu'effectivement, en ce moment j'ai une tendance noire, quelque chose qui parait sombre à ceux qui le voient de l'extérieur, et ça m'aggace oui, parce qu'ils en tirent des conclusions erronées, parce qu'ils ne voient pas l'intérieur, ils ne voient pas ce noir là avec mes yeux, avec mon ressenti. Ils ne comprennent pas que le noir peut être beau, apaisant, évident, et absolument serein. Rien à voir avec le triste, le glauque, le désespoir ou je ne sais quoi. Vous n'y êtes pas.

Effectivement je ne suis plus aussi rose bonbon qu'avant, c'est bien normal hein, vu que je ne suis plus isolée du monde dans ma petite bulle. Et je n'en suis pas mécontente finalement. L'impression d'avoir grandi, d'avoir appris à me défendre aussi. L'impression de changer, de ne plus être totalement la petite fille naïve, mais plutôt d'être devenue une adulte de convictions, avec des rêves toujours, avec des envies, des challenges, qui ne se fait plus d'illusion, mais qui s'efforce peu à peu de les remplacer par des croyances, des utopies parfois, avec tout ce que ça coûte de raison et tout ce que ça implique aussi d'irrationalité. Faire la part des choses. Savoir ce qu'il faut lâcher, renoncer parfois, et attacher le reste encore plus fort. Ce sur quoi on ne veut pas transiger. Et dans tout ça le rose et le bleu layette en prennent un coup. Et on me trouve plus noire.

N'empêche que le rose bonbon ou le bleu azur ne sont pas les seules couleurs du bonheur. Le noir aussi a ses qualités. Mon noir à moi a des reflets laqués, il demeure aussi brillant qu'une journée de soleil, aussi tiède qu'un feu à peine éteind. Il est constant, silencieux, se fait miroir de temps en temps comme le coffre d'un immense piano, il est rond, il est plein. Mon noir à moi est enroulé comme les cils des enfants de là-bas, il est irisé comme le corps musculeux des étalons galopant sous la pluie. Noir comme avant que le film commence, avant que tout en s'allume, celui qui attend, le souffle coupé, avec l'envie au corps. Mon noir à moi a un goût corcé de chocolat, qui craque, un goût juteux de raisin, de mûre, en plein milieu de la chaleur, un goût chaud, un goût frais. Mon noir à moi s'il est bien sombre n'a rien de triste ni de pesant. Mon noir est beau.

Parfois les choses que l'ont croient triste ne le sont pas. Et ce n'est pas parce que je suis moins légère qu'avant que je suis forcément triste. Je suis juste plus consistante. Je m'étoffe, je m'ouvre comme on se relève, je prends mes marques et je m'enracine, dans ce noir qui vous questionne tant. Et je suis tranquille.

Parce que dans ce noir résident toutes les couleurs de la vie.